On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

On ne peut que saluer la publication des communications du colloque international tenu à la Bibliothèque nationale de France en novembre 2003. Cet ouvrage tardif clôt une série de cinq rencontres majeures consacrées à Hector Berlioz depuis 2000 . Le thème central de ce dernier volume consiste à mettre en lumière la dimension littéraire qui prévaut chez le compositeur français. Celui-ci est en effet l’auteur d’un très grand nombre d’ouvrages parmi lesquels il convient de mettre ses feuilletons, ses Mémoires, son Traité, ses critiques, sa correspondance, autant de pages qui s’inscrivent dans plusieurs genres, dont l’autobiographique, la fiction, le genre critique et la théorisation. La vingtaine de spécialistes s’attache avec compétence à démontrer combien Berlioz fut l’une des grandes personnalités littéraires de son temps, lui qui accordait une importance extrême au rapport entre texte et musique. L’ouvrage offre une première partie sur les différentes attitudes de l’auteur de la Symphonie fantastique à l’égard du texte. Une seconde section vise à contextualiser la création berliozienne dont l’intérêt littéraire n’échappa pas à Flaubert. A la contextualisation succède le thème de la réception de Berlioz chez des artistes et des penseurs postérieurs tels qu’Adorno, Debussy et Varèse.
Julian Rushton inaugure la première partie du livre par l’analyse des raisons qui expliquent pourquoi Berlioz eut tant de mal à décrocher le prix de Rome, lui qui postula de 1827 à 1830 et qui fut mis en échec les trois premières années. Sa difficulté à se conformer aux strictes exigences de l’Académie des Beaux-arts lui valut bien des refus et des déceptions. Julian Rushton examine sur le plan stylistique les éléments de résistance du génie berliozien aux impératifs de la composition académique et fournit un certain nombre d’explications fort intéressantes parmi lesquelles on repère la grande liberté prise à l’égard des textes officiels mais encore le choix inhabituel des tempi et le caractère dramatique jugé inapproprié ou excessif. Les exigences et les attentes de Berlioz à l’égard du texte ainsi que des éléments stylistiques qui lui sont propres (et qui constituent toute l’originalité de son génie musical) constituèrent des freins à sa reconnaissance par l’assemblée du Quai Conti.
Hugh Macdonald établit un bilan des travaux éditoriaux engagés par la New Berlioz Edition depuis 1965 et retrace l’itinéraire et les ambitions d’une publication qui, en 2003, comptait 26 volumes (certains se subdivisant en plusieurs tomes) . Il rappelle que c’est à un comité anglais que l’on doit cette heureuse et brillante initiative conduite à l’origine pour célébrer le centenaire de la mort du musicien. L’intérêt d’une telle entreprise consiste à pallier les insuffisances des éditions antérieures en atteignant un niveau d’exigence jamais atteint tant quantitativement que qualitativement. Non seulement, la New Berlioz Edition offre les nombreuses partitions du musicien recensées à ce jour mais elle présente également de très précieuses informations en lien avec les versions successives des œuvres ; elle renseigne sur les instruments originaux (avec comme exemple emblématique les ophicléides employés dans le Dies irae de la Symphonie fantastique) et comporte une multitude de notes susceptibles d’aider les chefs d’orchestre à exécuter et à enregistrer les partitions du maître (John Nelson et John Eliot Gardiner en sont deux exemples bien connus). L’ampleur sans précédent de ce travail d’archéologie musicale aboutit à un résultat tel qu’il constituera pour des dizaines d’années encore l’outil incontournable de toute recherche sur Berlioz.
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