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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La question de la Palestine : mise en perspective historique d'une passion européenne
[vendredi 16 septembre 2011 - 10:00]
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Depuis qu’elle est apparue, au tournant du XXe siècle, la question de Palestine est un enjeu de politique internationale, impliquant et mobilisant les chancelleries des puissances les plus influentes, qu’elles soient saisies par l’une ou l’autre des parties en présence ou qu’elles considèrent de leur intérêt ou de leur devoir de s’y intéresser. Mais la question de Palestine n’est pas qu’une affaire de diplomates. Elle est aussi, et peut-être surtout, dans sa dimension internationale, une affaire mobilisant, de par le monde et singulièrement en Europe, des acteurs non étatiques, issus ou non de la société civile : partis politiques, médias, associations, individus. Les appels au boycott d’Israël dans le cadre de la campagne BDS (pour Boycott Désinvestissement Sanctions), l’opération dite de la flottille de la paix, en mai et juin 2010, les différentes campagnes civiles internationales pour la protection du peuple palestinien d’un côté, les actions de récolte de fonds ou de soutien à l’armée israélienne ou à l’État israélien de l’autre, ont ainsi montré, encore très récemment, que la question de Palestine est une question qui, en Europe, passionne, dans le monde de manière générale, en Europe en particulier, jusque dans des milieux, sociaux ou géographiques, traditionnellement peu aptes à se mobiliser ou à se diviser en rapport avec des problèmes ou des enjeux qui ne relèvent pas de la politique intérieure.

 

Une passion française…
Le cas français et, dans certains aspects, parisien est exemplaire. À l’automne dernier  , Gilbert Achcar et Dominique Vidal, deux intellectuels engagés en faveur de la cause palestinienne, ont donné une réunion publique à Alès (30), des militants de l'Association France-Palestine Solidarité ont participé à un débat dans un cinéma de Colmar (68), un concert de soutien a été organisé à La Chapelle-sur-Erdre (44), une plaque commémorative pour les droits des Palestiniens inaugurée à Villeneuve d'Ascq (59). Dans cette ville, le choix, fin août, de la municipalité d’accrocher sur la façade de l'hôtel de ville une banderole réclamant la libération du soldat franco-israélien Gilad Shalit, capturé, en juin 2006, par le Hamas alors qu'il servait dans l'armée israélienne, près de la bande de Gaza, a suscité une vive polémique entre les associations pro-palestiniennes du Nord de la France, qui voient en Gilad Shalit le soldat d'une armée d'occupation, et des associations pro-israéliennes, qui le considèrent comme l’otage d’un mouvement terroriste. Le 17 novembre, trois rencontres-débats, au moins, organisées par des associations pro-palestiniennes, se sont tenues en région parisienne, puis une le 18, deux le 19, une le 20, etc. De son côté, l’Association France-Israël a organisé, les 12 et 13 octobre, une vente de produits de grandes marques dans le cadre d’une collecte des fonds puis, le 25 novembre, une conférence sur les liens entre antisémitisme et antisionisme. À l’occasion, le débat sort même des salles polyvalentes et des arrière-salles des librairies militantes comme dans l’affaire des militants de la campagne BDS, dont l’ancien résistant Stéphane Hessel, poursuivis en justice pour incitation à la discrimination raciale, nationale ou religieuse et dont le cas a suscité, dans la presse ou sur le Web, appels de soutien et contre-appels, les uns et les autres bénéficiant de parrainages prestigieux issus des milieux politiques, intellectuels ou artistiques. Et l’exposition ''Gaza 2010'' du photographe Kai Wiedenhöfer, au musée d'Art moderne de la ville de Paris du 5 novembre au 5 décembre, a été dénoncée comme une ''œuvre de propagande'' par le Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France, qui considère qu’elle constitue ''un acte de militantisme politique que ne devrait pas accepter le musée d'Art moderne de Paris, qui est sous la responsabilité de la Ville de Paris''. L’exposition a même dû être fermée plusieurs jours durant, en raison de menaces et de provocations de la Ligue de défense juive. On pourrait continuer longtemps l’énumération des polémiques françaises liées au conflit israélo-palestinien, de l’affaire Yann Moix-Utopia à celle du projet d’un terminal portuaire pour les importations israéliennes à Sète (34), mais l’essentiel est dit. Aujourd’hui, la question de Palestine est très probablement la question internationale qui laisse le moins indifférents les Français, celle qui les pousse le plus à se diviser et à se mobiliser, et de bien différentes façons, du tractage au marché du samedi matin à la signature de pétitions, de la collecte de fonds à l’organisation de manifestations et de conférences., devenant par là même un enjeu propre à la France, à côté et au-delà de sa dimension proprement proche-orientale.

 

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