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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

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John Coltrane, une oeuvre universelle
[lundi 05 septembre 2011 - 17:00]
Musiques
Couverture ouvrage
John Coltrane, l'oeuvre et son empreinte
Vincent Cotro
Éditeur : Outre Mesure
Résumé : Solide et rigoureux, cet ouvrage collectif rassemble différentes pistes d’interprétation de l’œuvre de Coltrane et offre ainsi au lecteur une vision profonde de sa musique.  
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Marquant plusieurs générations de musiciens de jazz, l’œuvre de John Coltrane reste un sujet inépuisable malgré l’importance des ouvrages et des articles qui lui ont été consacrés. Paru sous la direction de Vincent Cotro, cet ouvrage fait suite à la biographie du musicien parue précédemment aux mêmes éditions Outre-Mesure et constitue le résultat d’un colloque commémorant les quarante ans de la disparition du saxophoniste. Marquée par une carrière courte (1955-1967), l’œuvre de Coltrane n’en est pas moins éclectique et évolutive. L’écoute de ses premiers morceaux, de ceux du "quartette" ou de ses aspirations plus mystiques des dernières années permet rapidement de saisir la diversité de son œuvre ainsi que l’ambition du musicien. Pour autant, comment renouveler l’analyse sur cette œuvre immense, sans tomber dans l’excès biographique ou dans l’analyse froide et technique des compositions ? En liant dimensions sociétales et intimes, musicales et politiques, l’ouvrage s’attache à révéler les dynamiques du processus créatif de Coltrane et à extraire une cohérence globale de son œuvre.

 

L’universalité coltranienne

La thèse centrale qui ressort de la lecture des différents textes est celle d’une œuvre construite dans une perspective d’universalité et d’unité. Non seulement celle-ci existerait comme un tout systémique où chaque pièce serait liée à une autre mais également comme le résultat d’une volonté de relier musique, spiritualité, politique, etc., en un seul ensemble. Cela passe notamment par certaines spécificités techniques du jeu coltranien. L’analyse intervallique de Ludovic Florin montre en effet qu’il existe une tendance générale dans les compositions de Coltrane à l’utilisation d’intervalles courts, secondes ou tierces. Cette réduction dans les intervalles, bien qu’elle facilite le jeu, constitue aussi l’une des raisons pour laquelle sa musique a atteint une valeur universelle. En effet, grâce à l’emploi d’intervalles à l’ambitus réduit, Coltrane saisit les pans les plus profonds de la musique et son universalité. Il transcende ainsi le genre pour atteindre ce qui touche au primitif, voire au primordial. Car comme le disait Coltrane lui même en parlant de sa musique : "si vous voulez bien regarder au-delà des différences de style, vous constatez qu’il existe une base commune (entre les musiques du monde). Certes la musique populaire de l’Angleterre n’est pas celle de l’Amérique du Sud, mais ôtez leurs caractéristiques purement ethniques, c’est à dire leur aspect folklorique et vous vous trouverez en présence d’une sonorité pentatonique, de structures modales comparables. C’est cet aspect universel de la musique qui m’intéresse et m’attire"  .

Cependant, cette universalité s’est construite au prisme d’une diversité d’influences, de références et d’expérimentations plus ou moins connues. Qu’il s’agisse de l’Afrique, de la musique indienne ou espagnole, il ne s’agit pas de considérer ces influences comme des objets à part entière du fonctionnement créatif de Coltrane, mais bien plutôt comme "des catalyseurs, des enzymes". C’est-à-dire qu’il alimentait de l’extérieur un dispositif "au demeurant tellement puissant et auto-suffisant qu’il reléguait ses sources à un statut de stimulant, de trace à peine perceptible (…), comme dissoutes par un traitement original"  . Ainsi, les empreintes de ces influences témoignent d’une transcendance de la diversité vers l’unité, comme si Coltrane épuisait les différents styles jusqu’à ce qu’il n’en restât plus qu’un socle universel.

Bien sûr, l’une des premières influences qui vient à l’esprit est celle de la musique indienne. Coltrane s’était en effet imprégné des ragas et des rasas indiens et en avait saisi les subtilités. Cette compréhension de la musique indienne, facilitée par son intérêt pour les spiritualités hindoues et bouddhistes ou pour les écrits du philosophe Krishnamurti, se lit à travers certaines de ses compositions des années 1960 telles que "Om" ou "India". Sans faire de la musique indienne, ces différents morceaux témoignent de l’influence et de l’emprunt de certains éléments indiens dans sa musique. L’analyse musicologique de Clements témoigne d’ailleurs d’une connaissance pointue et d’une maitrise par le saxophoniste des concepts indiens et de leur transformation, de leur utilisation dans une perspective différente au sein de ses propres compositions. De la même façon, Emmanuel Parent soulève les influences hispaniques de Coltrane, plus rarement abordées, à travers l’analyse de la pièce "Olé". Mais encore une fois, sans imiter, Coltrane parvient à saisir "l’altérité orientale afin de purifier la tradition du jazz" et à enrichir sa propre musique.

Titre du livre : John Coltrane, l'oeuvre et son empreinte
Auteur : Vincent Cotro
Éditeur : Outre Mesure
Collection : Contrepoints
Date de publication : 05/09/11
N° ISBN : 978-2-907891-79-0
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