On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans ce cours ouvrage, traduction française de l'un des chapitre de son plus conséquent Hollow Land , Eyal Weizman propose d'une part une réflexion éthique et intellectuelle sur l'évolution et les conséquences de cette nouvelle doctrine, et d'autre part une analyse plus architecturale sur sa mise en pratique concrète. En usant d'un style accessible aux non-spécialistes et en maniant habilement références universitaires et données factuelles, il propose un ouvrage abordable, rendu d'autant plus intéressant par sa structure quasi-littéraire qui n'hésite pas à faire appel à de nombreuses citations et témoignages, le sortant du simple cadre théorique dans lequel on aurait pu le cantonner et le faisant ainsi parvenir dans le concret. De plus, les entretiens accordés par Simon Naveh apportent un éclairage inestimable, via la parole même de celui qui fût l'un des précurseurs et le principal représentant de ces évolutions. Eyal Weizman évite aussi l'écueil qu'aurait été de voir cette évolution comme une révolution : comme il note fort à propos, quoi qu'un peu tardivement dans le fil du récit, ''L'usage militaire des théories contemporaines n'a, bien entendu, rien de nouveau. De Marc-Aurèle à Robert McNamara, le pouvoir a toujours trouvé des moyens d'exploiter les théories et les méthodologies conçues dans d'autres disciplines'' . L'optique critique d'Eyal Weizman lui permet également de mettre en avant, de manière argumentée, les impasses devant lesquelles se sont trouvés les penseurs de l'Otri, ainsi que la mise en pratique de cette réflexion : ''L'orgueil démesuré de ceux qui ont été couronnés comme les héros de ces opérations ne peut que dissimuler temporairement l'impasse à laquelle est vouée ce type de stratégie, de même que la stupidité politique, l'impéritie militaire et le gâchis en vies et en dignité humaines'' .
Pour autant, A travers les murs n'en est pas moins exempt de critiques : le manque de conclusion, qui découle directement des contraintes liées à la traduction d'un simple chapitre, peut ne pas répondre totalement à l'attente du lecteur exigeant. Cette même contrainte rend également le chapitrage quelque peu bancal, avec des parties bien inégales. Mais malgré ces quelques faiblesses, A travers les murs réussit le pari de la critique a posteriori (soit une optique critique sans proposition alternative, ce que certains peuvent trouver contestable), et permet de montrer l'envers du décor, sorte d'opposé du discours israélien ponctué de ''frappes chirurgicales'', ''dommages collatéraux'' et autres travestissement linguistiques de la réalité . Mais plus que cela, il permet surtout de réaffirmer l'idée qu'Israël ne doit pas seulement se focaliser sur la question palestinienne de manière sécuritaire, empêchant de quelconques évolutions possibles sur d'autres terrains. Cette ''guerre de retard'' qu'Israël tente sans cesse de rattraper voire de dépasser, comme le prouve cette tentative de ce ''bon en avant intellectuel'', ne fait qu’accélérer l'évolution côté palestinien, dans une course interminable remettant toujours en cause sa sécurité même. Un autre paradoxe, et non des moindres, du conflit israélo-palestinien, dont la résolution diplomatique et pacifique semble s'éloigner chaque jour un peu plus![]()
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A lire également sur nonfiction.fr, le dossier ''Persistant conflit israélo-palestinien", ainsi qu'une autre critique de l'ouvrage, par Thomas Fourquet.
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