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critique à nonfiction.fr

La phrase

Chaque fois que le politique dit se battre contre "les marchés" et se félicite d'avoir évité le pire, la puissance se place au même niveau que l'intendance : qu'elle gagne ou qu'elle perde, peu importe, elle a déjà perdu par le fait même de se battre, tel un instituteur qui s'abaisserait à rendre les coups que lui portent des élèves déchaînés. 

Jean-Pierre Dupuy 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
En Israël, l'Art de la guerre passe par l'architecture
[vendredi 16 septembre 2011 - 10:00]
Moyen-Orient
Couverture ouvrage
À travers les murs. L'architecture de la nouvelle guerre urbaine.
Eyal Weizman
Éditeur : La Fabrique
128 pages / 12,35 € sur
Résumé : Directeur du Centre de recherches architecturales du Goldsmiths College de Londres, Eyal Weizman se penche sur l'évolution des conflits militaires en milieux urbains, et plus particluièrement en Israël, et tente d'en analyser les conséquences concrètes sur le plan intellectuel et militaire.
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Asymétrique, le conflit militaire israélo-palestinien se déroule également dans un cadre urbain très densément peuplé, en particulier dans la bande de Gaza, où vivent plus de 4 000 habitants au kilomètre carré. Stratégiquement, de tels affrontements impliquent plusieurs enjeux pour l'Etat hébreu : réaliser les objectifs fixés par les états-major tout en évitant autant que possible les « dommages collatéraux », qui risquent de vivement impacter une opinion publique internationale soucieuse des pertes civiles. De même, les unités doivent s'assurer de minimiser leurs propres pertes, ce qui peut paraître autrement plus aléatoire qu'en zone de combat ''traditionnelle''. Face à l'évolution des conflits contemporains, qui tendent de plus en plus à une asymétrie ''de guérilla'', occupant les zones habitables, s'y fondant et y luttant, Israël se trouve depuis longtemps en première ligne, de la même manière que le sont aujourd'hui certaines troupes en Afghanistan et en Irak voire, dans une mesure quelque peu différente, que l'ont été les troupes françaises en Algérie  .

Ainsi, depuis le milieu des années 90, Israël s'est mis à repenser les opérations militaires en milieu urbain par le biais de think tanks liés à l'armée. Le plus influent a très certainement été l'Institut de recherches de théorie opérationnelle (Otri), lancé en 1996 et dirigé par deux généraux de brigades de réserve, Shimon Naveh et Dov Tamari. Selon les termes de l'un de ses directeurs, ce que l'Ofri proposait correspondait à ''ce que faisait l'ordre des Jésuites. Nous tentons d'apprendre aux soldats à penser et à réfléchir. […] Nous avons créé une école et élaboré un cursus pour former des ''architectes opérationnels''''  . Si ''l'expérience Otri'' ne durera qu'une dizaine d'années, les chamboulements majeurs qu'il a introduit au sein de Tsahal se sont clairement fait sentir sur le terrain des affrontements, mais également dans la manière qu'ont les dirigeants militaires de penser et de faire la guerre. Cette réflexion israélienne a, qui plus est, été suivie de très près par de nombreux pays, en particulier les Etats-Unis, comme le confirme le lieutenant-colonel David Pere, en charge de la rédaction du Manuel de doctrine opérationnelle de l'US Marines : ''Naveh et l'Otri ont considérablement influencé notre discours intellectuel et notre approche du niveau opérationnel de la guerre''  .

 

Repenser la guerre asymétrique

Cette éclosion de cercles de réflexions découle d'un facteur historico-sociologique débuté dans les années 60 -et sans cesse accentué depuis- qu'est ''l'universitarisation'' des hauts gradés militaires, dans une optique d'évolution hiérarchique plus rapide. Celle-cia introduit un discours et une méthodologie de réflexion sortant du cadre purement militaro-sécuritaire classique, en empruntantbeaucoup aux diverses disciplines des Sciences Humaines et Sociales ainsi qu'à l'architecture. Pour Naveh, ''Certains officiers supérieurs au sommet de la hiérarchie ne craignent pas de se réclamer de Deleuze ou de [l'architecte déconstructiviste Bernard] Tschumi''  . Ce bagage universitaire contemporain permet ainsi une toute nouvelle réflexion sur les combats en milieux urbains, vus alors comme ''la forme postmoderne par excellence de la guerre''  . Certaines notions tactiques classiques sont revisitées, comme l'Auftragstaktik du général prussien Moltke  , la réaction efficace à apporter au phénomène que Clausewitz appelait friction  , ou encore l'inversion totale de la linéarité des opération, initialement théorisée par Antoine-Henri de Jomini  . Des notions plus en phase avec la réalité actuelle du terrain se créent ou évoluent également, comme l'essaimage   ou l'inversion de la géométrie urbaine  . Ces 20 dernières années ont ainsi vu les haut gradés reléguer les traditionnels livres de Machiavel et de Sun Tzu au fond de leur bibliothèque, remplacés par des ouvrages autrement plus improbables comme le Mille Plateaux de Deleuze et Guattari, le Architecture and Disjonction de Tschumi, ou les travaux de Guy Debord et d'autres membres de l'Internationale situationniste.

 

Titre du livre : À travers les murs. L'architecture de la nouvelle guerre urbaine.
Auteur : Eyal Weizman
Éditeur : La Fabrique
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