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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Jérôme Bourdon : ''Le journaliste idéal n'existe pas, et surtout pas lorsqu'il s'agit du conflit israélo-palestinien''
[vendredi 16 septembre 2011 - 10:00]
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Jérôme Bourdon a été chercheur à l'Institut national de l'audiovisuel (Ina) de 1982 à 1995, puis maître de conférences et professeur à l'université de Tel Aviv. Il est aussi chercheur associé au Centre de sociologie de l'innovation (CSI, Ecole des Mines de Paris). Sur le conflit israélo-palestinien, il est l'auteur d'un documentaire qui raconte l'histoire du conflit vue par la télévision (Israël-Palestine, l'emprise des images, Ina, 2008), et du livre Le récit impossible, le conflit israélo-palestinien et les médias (De Boeck / Ina, 2009).
 
 
Nonfiction.fr : Pourquoi vous êtes-vous penché sur le rôle des médias dans le conflit israélo-palestinien, sujet peu traité dans la littérature scientifique, tant francophone qu'anglophone ?
 
Jérôme Bourdon : Vivant en Israël, mais voyageant beaucoup et pas seulement en France, et sociologue des médias, je ne pouvais pas ignorer les décalages entre l'image du conflit sur place, au moins dans les médias israéliens, et les images présentes ailleurs, qui varient selon les pays, les milieux, les médias. Tout se passe comme si chaque grande figure (Yasser Arafat, Ariel Sharon, aujourd'hui Benyamin Netanyahu s’il mérite le qualificatif de ''grande figure''), chaque événement, chaque lieu, acquiert une vie, ou une biographie, différente, selon le lieu où l'on se place et les sources qu'on utilise. Cela m'interrogeait aussi en tant qu'historien (c'est ma formation initiale) : pour une fois, les journalistes ne pouvaient pas s'appuyer sur les historiens en disant, là nous avons, au moins pour le passé, un accord solide sur l'évaluation des événements. Dans la période où j'ai travaillé, on a pu voir l'historien israélien majeur de l'expulsion (et déjà faut-il dire expulsion totale ? Partielle ? Départ forcé ?), Benny Morris, faire une spectaculaire volte-face politique.

J'ai donc décidé de travailler sur ce sujet, à la fois par curiosité intellectuelle, par défi, pour être aussi au clair avec mes propres engagements – on ne peut pas, surtout si on se définit comme un intellectuel, être indifférent. Et j'y ai aussi trouvé un plaisir particulier : celui de travailler sur un sujet qui ne laisse à peu près personne indifférent. C'est parfois fatiguant (on est beaucoup pris à partie), c'est toujours stimulant. Cela dit, il faut rendre justice aux chercheurs : il y a des travaux sérieux sur le conflit et les médias (je crois les avoir recensés fidèlement dans mon livre). On peut bien sûr discuter de leur engagement, mais il y a beaucoup à apprendre.
 
 
Nonfiction.fr : Ecrire sur un sujet aussi polémique vous impose t-il, en tant que chercheur et en tant qu'auteur, des limites, des garde-fous à ne pas franchir, de peur de voir son travail totalement crédibilisé car relégué au rang de pamphlet ''pro'' ou ''anti'' ?
 
Jérôme Bourdon : Plus que des garde-fous, il s'agit de respecter des règles d'écriture, et aussi des règles éthiques dans le travail. C'est vrai de tout travail de recherche. Un ton émotionnel n'a rien à voir avec l'effort scientifique (y compris, et surtout, si l'on traite des sujets les plus douloureux ou les plus délicats). Mais disons que les lecteurs vous pardonneront moins les transgressions des règles, ou les exploiteront facilement pour vous accuser d'être partisan sous couvert d'effort scientifique. En même temps, l’absence de ton émotionnel pourra vous valoir d’accusation de ''froideur'', d’indifférence, etc. Il ne s’agit pas, en soi, d’éviter les accusations ou les reproches, mais d’être fidèle à un certain idéal scientifique, qui est, en même temps, un idéal moral.
 
J'ai donc choisi d'abord de comprendre le rôle des médias, et la mécanique de la polémique qui les entoure. J'ai relégué la critique des médias dans la conclusion. Tout le monde (en tout cas tous les militants qui s'expriment abondamment, sur Internet entre autres) s'en prend aux médias. Ceci est banal en soi : il n'est pas de militant qui ne soit satisfait des médias grand public ou généralistes, ceux qui sont au centre de la controverse. Mais le conflit israélo-palestinien radicalise cette insatisfaction.
 

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1 commentaire

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Somud

17/09/11 11:33
Sur un sujet aussi polémique aucun commentaire

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