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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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“La garçonne et l’assassin” : un usage liberticide de la notion de traumatisme ?
[lundi 29 août 2011 - 08:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
La garçonne et l'assassin : histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti dans le Paris des années folles
Fabrice Virgili, Danièle Voldman
Éditeur : Payot
173 pages / 15,20 € sur
Résumé : Des documents permettent à deux historiens de tracer l’itinéraire complexe d’un déserteur travesti, alcoolique et violent dont l’histoire s’achève quand sa femme le tue. Le procès débute en 1928.
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Dans La garçonne et l’assassin - Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles, paru chez Payot en 2011, deux historiens, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, racontent l’histoire de Louise Landy et Paul Grappe.

Mariés en 1911, Louise et Paul doivent se séparer en 1914, Paul partant à la guerre. Blessé à la cuisse puis à la main, il finit par être accusé d’automutilation. Sommé par son capitaine de choisir entre le retour au front et une exécution sommaire, Grappe déserte. Parvenue à cette extrémité, son histoire devient moins commune : pour se dissimuler, il choisit de se déguiser en femme. Mais loin de s’en tenir là, Paul commence une vie de travesti dont il semble s’accommoder avec un certain enthousiasme. Louise, quant à elle, participe partiellement mais avec réticence aux diverses aventures amoureuses que son nouvel état suggère à Paul. En 1925, Paul, accusé de désertion depuis 1915, est amnistié. Il reprend ses vêtements d’homme. Louise tombe enceinte, mais son époux, buvant de plus en plus, reprend bien vite son "identité" féminine. Violent envers Louise et son enfant né en 1925, Paul finit par tomber sous les coups des balles de son propre revolver, brandi par sa femme.

L’affaire obtient à l’époque une certaine publicité : le travestissement et l’amnistie de Paul ayant déjà beaucoup attiré l’attention des médias et généré un substantiel courrier des lecteurs, le meurtre augmente encore son retentissement, à tel point que l’assistance lors du procès doit être limitée. Tous ces éléments ont généré une certaine quantité de documents que F. Virgili et D. Voldman ont exhumés pour éclairer le mode de fonctionnement de la période de l’entre-deux-guerres et ouvrir sur la question des “rapports entre la vie des individus et celle des groupes”, sans manquer de faire une incursion du côté de la psychologie des personnages qui, comme ils le soulignent  , n’est pas très familière pour les historiens. Nous apporterons ici un contrepoint sur ce sujet particulier.

Mais avant cela, il faut préciser ce que la période historique avait de particulier, de nouveau, qui a autorisé une certaine tolérance de la société envers un mode de vie qui, avant guerre, n’aurait sans doute été ni accepté ni toléré et au final lourdement condamné lors du procès. Paul, travesti, passait naturellement pour une femme. Vivant avec une autre femme, ils paraissaient donc vivre "à la garçonne". Et justement, l’époque, dite des "années folles", permettait, d’après les auteurs, une plus grande acceptation de l’homosexualité. D’une manière générale, y étaient ressenties les prémisses d’une certaine libération sexuelle. Cela n’est pas démontré dans l’ouvrage, dont ce n’est pas l’objet, mais sert plus ou moins de base pour expliquer l’acquittement d’une Louise devenue la meurtrière de son conjoint après avoir mené avec lui une vie tout à fait hors normes. Le fait qu’elle ait été préalablement victime de ses violences, ainsi que son enfant, l’a emporté dans la balance. Un peu plus tôt dans  l’histoire, une condamnation morale globale aurait pu l’emporter ; quand le discours sur la libération des femmes était encore très marginal, il n’est pas certain que Louise aurait été comme là implicitement reconnue comme victime de violences conjugales et familiales... l’une des premières d’une histoire de reconnaissances qui allait se poursuivre jusqu’à nos jours ?
Justement, quid de cette reconnaissance certes demeurée difficile et douloureuse, mais aussi devenue fréquente ? F. Virgili et D. Voldman réalisent un pas de côté par rapport à ce type d’analyse qui privilégie la femme, si ce n’est en faisant parler le mort ; Paul, du moins en soulignant que le procès ne lui a pas forcément rendu justice. Ce procès n’a par exemple guère convoqué ses amis... et pour cause, qui, de ses fréquentations de maraudage sexuel, aurait osé se dévoiler ? L’époque n’était qu’aux prémisses de la libération sexuelle !

Et ce mort, si on lui avait réellement donné la parole plus tôt, qu’aurait-il pu dire ? Qu’aurait dit ce petit caporal, au sujet de ce jour où, en bute à son chef de section, il l’entendait le menacer selon la description suivante : "Ne supportant plus de voir Grappe "tirer au flan", il le prévint qu’il partirait pour le front le jour même. Il le menaça de surcroît. Plus question pour le caporal de flancher. Au premier signe de couardise, le capitaine l’abattrait de sa propre main".  Voilà ce qu’aussi bien on pourrait appeler une violence inaugurale génératrice de violences ultérieures. Aussi bien que dans le cas de Louise : si l’on considère que la violence de Paul envers Louise a pu la conduire au meurtre, qu’est-ce qui devrait nous empêcher d’appliquer la même logique à Paul ? Ainsi pourrait-on dire, par l’intermédiaire du concept de traumatisme, que victime de la violence de l’armée, Paul est conduit à une série d’actes attentatoires, dont celui qui consistait à maltraiter son épouse.

Les auteurs ne vont cependant pas jusqu’à dévoiler cette logique de discours. Ils semblent plutôt y participer.

Titre du livre : La garçonne et l'assassin : histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti dans le Paris des années folles
Auteur : Fabrice Virgili, Danièle Voldman
Éditeur : Payot
Date de publication : 05/04/11
N° ISBN : 2228906506
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2 commentaires

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Paul

02/09/11 21:54
Oui, une bonne critique. Une phrase me fait réfléchir en particulier : "Rien n’est plus courant que de gâcher son talent. C’est dramatique, mais ce n’est pas "la guerre".
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litt_78

01/09/11 16:36
Bonne critique
Cela donne envie de lire le livre.

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