On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans la collection " les métiers de Versailles " des éditions Perrin, François Iselin nous fait découvrir Germain de La Martinière, chirurgien de Louis XV qui déclara au Roi victime de la petite vérole et réfugié au Petit Trianon avec Madame du Barry " Sire, c'est à Versailles qu'il faut être malade ", un diagnostic plus politique que médical.
L'auteur, lui-même chirurgien, décrit l'extraordinaire ascension d'un jeune chirurgien barbier à la Cour du Roi ainsi que son rôle crucial dans la réforme de cette profession qui permettra au chirurgien de se libérer de la tutelle du médecin. La grande longévité de La Martinière - il meurt à 86 ans - et sa proximité avec Louis XV qu'il suit tout le long de son règne, en font un témoin assez exceptionnel de la vie à Versailles au XVIIIe siècle.
Un exemple d'ascension sociale sous l'Ancien Régime.
Né en 1697, Germain Pichault, qui ne porte pas encore le nom de La Martinière, fait son apprentissage de chirurgien barbier à Argentin les Eglises près de Poitiers. Apprenti particulièrement doué, il devient maître chirurgien-barbier en 1719 et part conquérir Paris en 1721 avec en poche une lettre d'introduction auprès du Grand Ecuyer de France, Charles de Lorraine et d'Armagnac. Il entre à son service comme chirurgien particulier et c'est sous sa protection que le jeune homme construit étape par étape sa carrière de chirurgien à la Cour.
François Iselin décrit en détails le système des charges qui régit toutes les fonctions de Versailles, y compris celles de chirurgiens ou de médecins du Roi. Manne pour les finances royales, les charges se multiplient. Il existe sous Louis XV pas moins de 10 charges de chirurgiens du Roi: un premier chirurgien, un chirurgien ordinaire et 8 chirurgiens par quartier : ces derniers se relaient auprès du Roi par groupe de deux, par roulement trimestriel.
Germain Pichault entre dans la Maison du Roi en 1725, en achetant une charge de chirurgien de la Grande Ecurie du roi, grâce à un prêt et au soutien de Charles de Lorraine. Un an plus tôt il a hérité de son grand-père d'une ferme, La Martinière, dont il prend le nom. En 1728, La Martinière obtient une charge de chirurgien du roi par quartier qui lui rapporte un traitement de 560 livres par an. François Iselin montre bien que la clé du succès réside dans l'accumulation des charges et éventuellement leur revente.
Ainsi en 1741, La Martinière devient chirurgien ordinaire du Roi, qui le place comme principal collaborateur du premier chirurgien d'alors, François Gigot de La Peyronie, et le conduit à revendre sa charge de chirurgien du Roi par quartier.
La Martinière fait également une carrière militaire au côté de Charles de Lorraine qu'il accompagne lors de plusieurs campagnes d'abord entre 1733 et 1735 puis en 1741 et 1743. D'abord chirurgien aide-major puis chirurgien major des Camps et Armées du Royaume, il reçoit en 1744 la charge de chirurgien-major de la Garde Française. Son expérience des champs de bataille le conduira des années plus tard à mener à bien une réforme générale du service de santé des armées et du statut des chirurgiens militaires.
En 1745, il devient le chirurgien du Dauphin Louis-Ferdinand et c'est en 1747, à la mort de La Peyronie, que La Martinière accède à la charge de premier chirurgien du Roi, charge qu'il exercera pendant près de 36 ans auprès de Louis XV puis de Louis XVI. Cette charge ne pouvant se cumuler, il revend ses autres charges, notamment celle de chirurgien ordinaire pour 12 000 livres sachant que lui-même doit payer aux héritiers de La Peyronie 60 000 livres. Néanmoins avec 25 000 livres de traitement annuel auxquels s'ajoutent plusieurs revenus annexes, François Iselin estime les revenus annuels de La Martinière à environ 60 000 livres par an. Ultime consécration, en 1749, comme il est de tradition pour les premiers chirurgiens, il est anobli et ajoute une particule à son nom.
A sa mort en 1783, les documents de sa succession étudiés par l'auteur permettent d'estimer la fortune de La Martinière à 1,6 million de livres, dont sa demeure de Bièvre et ses appartements parisiens.
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