On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans une autre vie, Jean-Claude Guilbert était un homme de télévision. Son Magazine de l’aventure, précurseur du concept Ushuaïa, était diffusé par TF1 avant la privatisation (1987). En fait de biographie, l’ancien journaliste raconte ses souvenirs en compagnie du créateur de Corto Maltese. Les commentaires de leurs amitiés s’accompagnent de nombreuses références à l’œuvre, énumérant et détaillant les sources d’inspiration de Pratt. Ce témoignage passe par un véritable travail d’écriture, placé sous le signe de la poésie et du merveilleux. Quelques illustrations aèrent le propos. Des regrets. La partie consacrée aux femmes est mince tandis que l’enthousiasme religieux gagne les pages de fin. Les références au livre de D. Petitfaux sont parfois pesantes.
L’île au trésor
Dès le départ, Guilbert prévient le lecteur : "Hugo Pratt était mon ami". Pour le prouver, il expose cette proximité de façon onirique. Ensuite, il recense leurs points communs : l’aventure, l’Éthiopie, la littérature, Rimbaud et surtout le monde des rêves. Signalons que Guilbert réfute l’idée de ressemblance physique avec Corto Maltese. Le personnage a été dessiné avant leur rencontre. Peut-être que cela participe aux secrets établis entre les deux hommes. Guilbert annonce la principale caractéristique de la méthode Pratt. Le traitement du noir et du blanc est un héritage du cinéma américain et de la bande dessinée de Milton Caniff (Terry and the Pirates).
En utilisant son propre parcours professionnel, Guilbert rappelle l’apparition de Corto Maltese et de Raspoutine dans La ballade de la mer salée. Selon la chronologie, Raspoutine précède Corto de quelques cases. Hugo et Corto, l’auteur et son personnage. Et puis les albums se succèdent sans que le mot fin n’apparaisse. Le lecteur suit un marin désinvolte "trop individualiste et indisciplinée…subversif" . Corto et Hugo vont ainsi traverser le premier quart du vingtième siècle tel le Fabrice de Stendhal.
Dans la vraie vie, Guilbert situe sa rencontre avec Pratt en juillet 1979. Il en résulte un film intitulé La ballade plus loin. Le rôle de la télévision est indéniable dans la découverte de Pratt par le grand public, bien qu’il faille minorer l’impact de l’exposition médiatique, moindre à l’époque. La sincérité de l’auteur témoigne de l’amitié naissante. Guilbert nous fait penser à un Nicolas Hulot intègre.
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