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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Paraguay : la déchirure du temps
[lundi 15 août 2011 - 11:25]
Amérique Latine
Couverture ouvrage
Guerre et métissage au Paraguay: 2001-1767
Capucine Boidin
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
316 pages
Résumé :  À partir de récits intimes, ce livre offre une rétro-histoire des compagnies rurales depuis 1767 et trace la mémoire des événements de la guerre de 1864-1870 dans l’histoire du Paraguay.
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« Recoudre la déchirure du temps », selon la formule de Carmen Bernand qui préface cet ouvrage, tel est le travail de l’auteur de Guerre et métissage au Paraguay. Le pays a la mémoire cassée par la guerre de la Triple Alliance (1864-1870) qui décima la population, surtout celle des hommes. Cette guerre, étudiée notamment par l’historien Luc Capdevila, est l’une des premières guerres totales de l’ère contemporaine, presqu’aussi meurtrière que la Guerre de Crimée. Des 420 000 habitants que compte le Paraguay en 1864, 150 000 sont recensés en 1870.

C. Boidin est partie au Paraguay au milieu des années 1990 effectuer un terrain ethnographique sur la langue guarani. Sur place, elle découvre au fil des conversations et des témoignages un gué infranchissable : au-delà de 1870, rien ne semble rester dans la mémoire des habitants des hameaux qu’elle apprend à connaître. Il y a une « brèche dans les expériences du temps », selon l’expression de Hannah Arendt. « Tous les hommes sont morts », lui répète-t-on inlassablement. Ce sont les femmes paraguayennes qui ont permis la reproduction de la nationalité et de la langue guarani. L’année 1870 est une « année zéro ».

Alors, C. Boidin, sociologue et professeur de guarani, creuse dans les mots, les expressions, le vécu. Elle revient à plusieurs reprises et saisit le leitmotiv : « tous les hommes sont morts ». Les femmes ont du épouser des étrangers, les vainqueurs venus des pays voisins. « Le Paraguay a été inséminé de l’intérieur par les nations victorieuses ». Les hommes qui ont survécu sont eux-mêmes devenus des étrangers.

L’auteur ne s’en tient pas là et, tout en menant la plupart de ses entretiens en guarani, auprès d’une majorité de femmes âgées, elle poursuit sa recherche de mémoire dans les archives, trouve des réponses à ce qui s’est produit après l’abandon des missions jésuites en 1767 ; elle creuse encore, fouille dans l’indicible passé, dans le déni de la mémoire et dans l’éclat des mots du présent. Que s’est-il passé avant ? Que s’est-il passé pour qu’arrive cet effacement dans la mémoire collective ? L’anthropologie et l’histoire se mêlent pour savoir et comprendre.

L’ouvrage est construit à la manière d’une enquête, minutieuse et tenace, déroulée sur huit chapitres précédés d’une introduction et clos par une conclusion. Pas à pas, le lecteur suit le cheminement de l’auteur, son implication, les difficultés du terrain : entrer en communication, comprendre les incompréhensions, se présenter, faire connaître ce que l’on cherche. Le premier chapitre est consacré à l’entrée dans les Compañías, les petits villages issus des anciennes réductions jésuites. Dans l’introduction, C. Boidin explique que le terme Compagnie aurait été appliqué aux hameaux après 1790, quelque temps après l’expulsion des missionnaires. Dès lors, « ils constituent une unité d’analyse intriguante : la plus petite unité pour les armées, les partis politiques et les grands propriétaires terriens ». Les deux chapitres suivants invitent à l’examen précis des termes utilisés par les habitants pour définir leur langue : guarani jopara, qui n’est pas un guarani pur. Puis le quatrième chapitre glisse doucement vers l’espace qui entoure les récits : l’emplacement des maisons et les termes qui les désignent, en insistant sur les traces des anciennes maisons, effondrées et disparues.

Les récits obtenus par les voix des habitants sont faits de témoignages et de légendes dont l’auteur s’attache progressivement à retrouver la structure au fil des entretiens. Mais la mémoire généalogique ne s’étend pas à plus de trois ou quatre générations et les archives judiciaires, fiscales ou paroissiales sont éparses au-delà de 1870. Alors, pour traverser jusqu’en 1767, Capucine Boidin propose d’avoir recours à une socio-histoire de longue durée. Cela permet, par la reconstitution d’un système socio-économique dans lequel se trouvent les différents hameaux, de saisir un fil qui enjambe la fracture de 1870 et de dérouler, suivant la méthode dite de l’histoire régressive, une histoire du Paraguay à partir de ces hameaux, des grandes propriétés et des villages.

Titre du livre : Guerre et métissage au Paraguay: 2001-1767
Auteur : Capucine Boidin
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
Collection : Histoire
Date de publication : 11/02/11
N° ISBN : 978-2-7535-1264-1
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