On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans leur ouvrage commun Homo Exoticus : Race, classe et critique queer, Maxime Cervulle, enseignant en études culturelles et en sociologie des médias à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et directeur de publication de la revue Poli-Politique de l’image, et Nick Rees-Roberts, maître de conférence en études filmiques et culturelles à l’Université de Bristol (Grande-Bretagne), interrogent, à travers les exemples de la revendication du mariage des couples de même sexe et de l’étude de films pornographiques gays français, la place des dynamiques intersectionnelles dans les questions touchant à l’homosexualité aujourd’hui en France.
Partant de la question du droit au mariage entre personnes de même sexe qui agite de nombreux pays occidentaux, dont la France, Cervulle et Rees-Roberts tentent de mettre à jour les mécanismes qui sous-tendent une telle revendication.
Paradoxalement, les auteurs dénoncent l’aspect excluant de la revendication au mariage qui tendrait " à réaffirmer la centralité du mariage en tant qu’institution républicaine régulant la filiation et le patrimoine " , validant ainsi une vision hétéronormée de la société.
En outre, loin de garantir une égalité pour tous, le droit au mariage entre personnes de même sexe ignorerait au contraire les différences entre homosexuel-le-s au profit d’une vision étriquée de l’homosexualité propre aux classes supérieures occidentales. Ainsi, d’après Cervulle et Rees-Roberts, " [l]e courant de l’activisme gay et lesbien en faveur de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe s’inscrit plus largement dans une vague d’eurocentrisme gay ignorant les multiples intersections entre mariage, nation, frontières, immigration et pauvreté. " . Cette représentation de l’homosexualité, amputée de toute notion d’intersection, serait révélatrice d’une certaine homonormativité, dénoncée notamment par Judith Butler à Berlin en juin 2010 lorsque cette dernière a refusé un prix pour s’opposer à la stigmatisation de l’immigré comme homophobe. Cette idée s’est depuis trouvée renforcer par l’appel du pied de Marine Le Pen aux homosexuels lors de son discours du 10 décembre 2010 à Lyon dans lequel la désormais présidente du Front National opposait les homosexuels aux immigrés.
1 commentaire
Sylvain Reboul
C'est ce relativisme qui pose problème: en quoi cette question ne devrait pas, chez les autres comme chez nous, ne pas faire l'objet dune conception du droit qui refuserait les discriminations au profit d'une universalité des droits de chacun quel que soit son genre?
Affirmer l'universalité des droits de l'homme, c'est refuser le relativisme anti-libéral qu'il soit occidental ou non. Les luttes des gays et lesbiennes chez nous et ailleurs est universelle en cela qu'elles posent l'exigence du droit universel comme fondement rationnel (et non pas religieux) de légitimité ou de justice qu'il ne faut confondre avec le fait empirique de la diversité des droits positifs et des cultures.