On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le processus d’occultation s’amorce dès 1870, avec l’abolition de l’échafaud qui réduit la visibilité de l’exécution. Le nombre d’exécuteurs est également réduit à un exécuteur national assisté de cinq adjoints (25 novembre 1870) dont le statut se normalise. De manière surprenante, l’organisation matérielle des exécutions est dans une très grande mesure abandonnée aux pouvoirs locaux qui proposent des solutions diversifiées à l’échelle nationale, sans pour autant effacer quelques tendances lourdes : d’une part leur « déterritorialisation », les exécutions s’éloignent ainsi des centres urbains tout comme des lieux du crime, puis leur « arraisonnement pénitentiaire » qui tend à réduire le parcours du condamné à mort à une marche funèbre. De même, les horaires se déplacent du point du jour vers la nuit, fréquemment entre trois et quatre heures du matin en été à partir de 1910. Ces mutations sont également perceptibles dans la presse qui voit la taille des récits d’exécution se réduire et surtout leur position se déplacer vers le bas des pages voire l’intérieur des journaux.
L’effacement relatif de la peine capitale dans l’espace public et médiatique n’épuise pas cependant les dénonciations de la violence de la peine et de l’obscénité du regard des spectateurs. L’origine de l’attachement à la peine capitale publique interroge ainsi tout autant que l’émergence de nouvelles sensibilités. L’auteur avance différentes hypothèses explicatives fondées sur le point de vue du public et la fonction anthropologique du spectacle, conçu parfois comme un rite d’initiation des spectateurs suscitant de très spécifiques « émotions d’échafaud ». Les alternatives à la publicité directe de l’exécution, notamment celle rendue possible par l’entrée dans une nouvelle ère médiatique qui autorise le récit d’exécution, buttent sur l’impossibilité de sa représentation puisque films et photographies sont rigoureusement interdits. De même, la limitation du nombre de spectateurs achoppe sur les projets qui tentent de déterminer une liste restreinte de garants, ou de témoins de l’exécution. L’échec alimente ainsi le statu quo.
Le conservatisme s’appuie enfin sur des discours légitimant qui ancrent l’exécution capitale dans une culture ancienne de la punition par la douleur et de la belle mort, encore opératoires dans la première moitié du XXe siècle dans le champ militaire du courage comme dans certaines propositions réclamant le rétablissement des châtiments corporels pour les mineurs, par exemple le fouet en 1908. Ces représentations gagneraient certainement à être réinscrites dans le temps plus long de la disparition des peines corporelles publiques et surtout rattachées à un socle religieux qui précisément vacille au cours la IIIe République. Malgré quelques regrets concernant les choix et la délimitation du sujet, celui des bornes chronologiques qui auraient pu être étendues jusqu’en 1981, celui de la peine civile abandonnant les exécutions militaires appliquées elles-aussi publiquement par fusillade, ou enfin celui de l’espace métropolitain qui laisse dans l’ombre les territoires coloniaux très méconnus, on trouvera dans cet ouvrage avec sa série d’annexes (iconographie, tableaux statistiques, cartes et plans) une synthèse stimulante sur la question.![]()
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