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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Les Mayas à Cancún : vers la construction d’une modernité alternative
[mardi 26 juillet 2011 - 22:36]
Amérique Latine
Couverture ouvrage
A return to servitude: maya migration and the tourist trade in Cancun
Bianet Castellanos
Éditeur : University of Minnesota Press
296 pages
Résumé : Essai sur l'identité maya remodelée par les phénomènes de mondialisation et de transnationalisme
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S’il on dressait une liste des enjeux se trouvant au cœur de la vie sociale et économique du Mexique contemporain, la migration et le tourisme y prendraient sans doute une place prépondérante. Après le pétrole, ils occupent respectivement les deuxième et troisième places en termes de contribution au PIB. Naturellement, les enjeux liés au tourisme et à la migration profitent d’une couverture médiatique et scientifique privilégiée, et sont sans cesse évoqués dans les promesses de campagne et les discours politiques. L’ouvrage A return to servitude est aussi, à sa manière, une réflexion sur l’industrie du tourisme de masse et sur les flux migratoires à l’intérieur du pays. Mais il est surtout un essai sur l’identité maya qui nous offre l’opportunité, encore trop rare, d’aborder ces phénomènes pour le moins ostensibles à travers le regard des invisibles. Dans cette ethnographie, M. Bianet Castellanos nous fait ainsi glisser dans les coulisses des complexes hôteliers des Caraïbes mexicains avec pour guides les migrants issus des communautés autochtones mayas de la péninsule du Yucatán.


Une ethnographie patiente et engagée


Comment la migration et le tourisme redéfinissent-ils ce qu’être maya veut dire dans le Mexique contemporain? Quelles sont les possibilités de négociation, de questionnement et même de résistance de ces individus devant les manifestations de la modernité capitaliste? Comment ces migrants parviennent-ils à imaginer leurs communautés dans un contexte de déterritorialisation? Pour tenter de répondre à ces questions, Castellanos n’a épargné aucun effort : son travail ethnographique partagé entre le petit village de Kuchmil (nom fictif) et la banlieue ouvrière de Cancún s’échelonne sur une période de quinze ans. Le résultat est une réflexion remarquable par sa patience et sa profondeur, colorée par de nombreuses anecdotes qui témoignent de l’engagement personnel et sincère de l’auteure.
 

L’insertion des Mayas dans la gigantesque industrie du tourisme à Cancún pose une fois de plus la question de la place des peuples autochtones au sein du projet de Nation mexicaine, une question persistante qui se voit désormais complexifiée par les phénomènes de la mondialisation et du transnationalisme. Que ce soit par les pratiques de consommation, les liens sociaux, les rapports de genre et de classe ou par les disciplines du corps, les vies de ces migrants sont reconfigurées à travers la tension entre un éthos traditionnel et un éthos moderne, voire cosmopolite. Or, à Kuchmil on ne trouvera ni les victimes du rouleau compresseur tout-puissant de la modernité ni les revendicateurs d’une identité indigène millénaire et immuable, mais plutôt les sculpteurs d’une « modernité alternative», suspendue dans un délicat équilibre entre l’assimilation, le détournement et la contestation. Qui plus est, l’auteure montre que la migration joue un rôle central dans l’obtention des ressources (matérielles mais aussi symboliques) essentielles à la sauvegarde d’une identité distincte, malgré la pauvreté, la déterritorialisation ou encore les projets assimilationnistes (comme ceux des missions culturelles ou des pensionnats indigènes).

Titre du livre : A return to servitude: maya migration and the tourist trade in Cancun
Auteur : Bianet Castellanos
Éditeur : University of Minnesota Press
Collection : First peoples: new directions in indigenous studies
Date de publication : 26/11/10
N° ISBN : 978-0-8166-5615-8
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