Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Histoire de deux frères jumeaux : le judaïsme et le christianisme
[samedi 23 juillet 2011 - 16:10]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
La partition du judaïsme et du christianisme
Daniel Boyarin
Éditeur : Cerf
445 pages / 45,60 € sur
Résumé : Un livre d'une extraordinaire fécondité qui remet en cause le modèle d'une partition entre deux entités clairement distinctes qui seraient d'une part le judaïsme rabbinique et, d'autre part, le christianisme des Pères.
Page  1  2  3 

 Dans les représentations traditionnelles des religions juive et chrétienne, la première apparaît comme la matrice de la seconde, le christianisme s’étant constitué dans un  rapport de différenciation par rapport au judaïsme. Or, une telle vision diachronique tend sans doute à figer ou occulter les véritables processus de formation des deux religions. C’est  que le judaïsme et le christianisme se sont définis dans l’Antiquité tardive,  de manière concomitante,  comme dans un jeu de miroirs. C’est précisément cette problématique que Daniel Boyarin, professeur de culture talmudique aux départements d’études du Proche-Orient et de rhétorique à l’université californienne de Berkeley, se propose d’explorer dans  son livre intitulé La Partition du judaïsme et du christianisme. Divisé en trois grandes parties (Faire une différence : les débuts hérésiologiques du christianisme et du judaïsme / La crucifixion du logos : comment la théologie du logos devint chrétienne / Étincelles du logos : ou comment historiciser la religion rabbinique), l’ouvrage cherche à étudier la façon dont les identités juive et chrétienne se sont définies et positionnées, l’une par rapport à l’autre, entre les II et  Ve siècles.

L’auteur entend ainsi "écrire une histoire qui remet en question les termes même de l’identité juive orthodoxe" en  adoptant "la position du monstre, de l’hérétique". Comprenons que pour Boyarin, "les frontières entre judaïsme et christianisme ont été historiquement construites à partir d’actes de violence dans le discours, spécialement des actes de violence contre les hérétiques qui incarnent l’instabilité de la construction de nos identités". Le souffle de l’ouvrage et sa puissance argumentative sont ainsi portés par une thèse innovante que le titre lui-même suggère : les identités chrétienne et juive se sont définies dans l’Antiquité tardive, à la manière d’une partition territoriale qui se serait imposée entre les deux religions. Sitôt qu’on abandonne l’existence de deux entités différentes préexistantes, il faut dès lors s’interroger sur la façon dont cette frontière s’est définie et qui en est à l’initiative.
 

L'hérésiologie comme ligne de démarcation entre judaïsme et christianisme

 C’est ainsi que la première partie, en s’intéressant au discours hérésiologique, cherche à montrer comment une des fonctions primordiales de l’hérésiologie est de définir l’identité chrétienne. Elle étudie le "travail des premiers auteurs chrétiens et juifs quand ils ont conçu la différence" : Justin le Martyr, Jérôme, Athanase, la Mishna, la Tosefta et les Talmuds. L’étude du Dialogue avec Tryphon de Justin se révèle ainsi décisive : l’auteur définit les Juifs comme ceux qui ne croient pas au logos, c’est-à-dire en la croyance dans le logos en tant que deuxième personne divine. Il s’agit pour lui d’en faire " le centre théologique majeur du christianisme, afin d’établir une identité religieuse pour les disciples du Christ et de les rendre différents des Juifs au plan religieux. "Cette affirmation du Logos érigé en principe distinctif du christianisme trouve comme un écho dans la littérature rabbinique de la fin du IIe siècle et plus particulièrement dans la Mishna avec l’invention de la Minut, autrement dit de la figure de l’hérétique incarnée par les saducéens, jugés coupables de ne pas croire en la résurrection des morts et en la révélation de la Torah orale. On voit donc que christianisme et judaïsme sont travaillés, de manière simultanée, par un même processus d’identification : "Justin et la Mishna se mirent tous les deux à construire des frontières d’orthodoxie en rejetant" d’autres "à l’extérieur". C’est précisément cette invention de l’orthodoxie et de l’hérésie qui fait du "judaïsme" et du "christianisme" deux religions distinctes et séparées. Si les deux discours d’orthodoxie sont structurellement différents, ils utilisent l’hérésiologie comme un instrument leur permettant de définir leur identité et de tracer des frontières. De fait, ils se sont formés théologiquement de manière concomitante à partir du système judéo-chrétien.

Titre du livre : La partition du judaïsme et du christianisme
Auteur : Daniel Boyarin
Éditeur : Cerf
Titre original : Border Lines. The partition of judeo-Christianity
Nom du traducteur : Jacqueline Rastoin, Marc et Cécile Rastoin
Collection : Patrimoines judaïsme
Date de publication : 06/06/11
N° ISBN : 2204093092
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

6 commentaires

Avatar

E. Panorthotès

26/07/11 19:00
Codex XIII -- le formulaire de saisie est un peu fantasque, s'il en est de même pour les rédacteurs, tout s'explique...
Avatar

E. Panorthotès

26/07/11 18:58
codex XI (décidément...)
Avatar

E. Panorthotès

26/07/11 18:57
Bonjour. "Prô tri" n'étant manifestement pas du copte, il vaudrait sans doute mieux donner le titre complet (grec) donné au traité du codex III de Nag Hammadi, Prôtennoia trimorphe...
Avatar

S.Briand

25/07/11 11:54
Errata : lire "notamment "au lieu de "notament" et "avons" au lieu de "avions".
Avatar

S.Briand

25/07/11 11:08
Bonjour,
Je vous remercie de votre question. Je crois qu'on peut réellement parler de mythes fondateurs concernant ces deux conciles dans la mesure où ils ont été utilisés, de manière rétrospective, comme pierre de touche d'un discours orthodoxe. De ce point de vue, ces deux conciles sont à considérer rétrospectivement dans un jeu de miroirs, la légende de Yavneh cherchant à contrer les affirmations nicéennes. Les caractéristiques théologiques les plus décisives du judaïsme rabbinique sont ainsi la création de penseurs juifs du VIe- les derniers rédacteurs du Talmud de Babylone- restés anonymes et qui ont rétroprojeté ces points doctrinaux dans le contexte du Ier siècle. Ils ont dès lors créé le mythe de Yavneh.
Quant au concile de Nicée, qui n'a probablement pas laissé de protocole écrit de ses actes, il fut sans doute l'objet d'une idéalisation légendaire, notament sous la plume d'un Athanase qui lui apporta une base littéraire à l'origine du mythe. Nous avions donc là une invention légendaire tardive qui façonna l'émergence d'un christianisme orthodoxe. Il semble donc qu'on puisse, à mon sens, réellement parler de mythe pour ces deux conciles.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici