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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Persistance du gothique
[lundi 18 juillet 2011 - 11:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les caractères de civilité. Typographie & calligraphie sous l'Ancien Régime
Rémi Jimenes
Éditeur : Atelier Perrousseaux
120 pages
Résumé : L'histoire d'un caractère d'imprimerie gothique encore utilisé au XIXe s., entre usage et réception.
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Les rapports qu’entretiennent l’écriture manuscrite et la typographie – en un constant jeu d’imitation, de rapprochement et de stylisation sont un terrain d’étude ancien mais où de nombreux travaux restent à mener. Ce que nous appelons depuis bien longtemps « caractère de civilité », par facilité , et qui n’est autre qu’une cursive gothique, aurait pu à cet égard sembler bien connue après plusieurs études de qualité tout au long des XIXe et XXe siècles. Rémi Jimenes renouvelle cependant les connaissances en étudiant ces caractères non d’un point de vue typographique mais de celui de leur emploi, par une approche diachronique, relevant à la fois de la bibliographie matérielle et de la sociologie de l’écrit.

L’auteur démontre en effet que ce caractère a eu une vie mouvementée. Loin d’avoir été utilisée sans interruption pendant plus de trois siècles comme on le croyait, la lettre de civilité a connu des périodes d’abandon et de retour en usage. Le caractère est créé en 1557 par un imprimeur lyonnais, Robert Granjon, qui cherche alors à imiter l’écriture des secrétaires français : il s’agit d’une écriture extrêmement cursive, qui nécessite l’emploi d’un grand nombre de ligatures. Cette « lettre françoise d’art de main » est protégée par privilège mais se diffuse néanmoins très rapidement : en 1600, toute l’Europe l’utilise. L’auteur propose un certain nombre d’exemples pour déterminer quel usage est fait de ce caractère : poésies, imprimés officiels, usages en lien avec la langue française par opposition aux autres, ouvrages de civilité proprement dits et autres ouvrages scolaires – puisque l’intérêt de cette écriture devait résider dans sa grande lisibilité.

Le reflux de l’usage du caractère est aussi brusque qu’avait été sa diffusion. Dans le contexte général de la disparition des caractères gothiques, le caractère de civilité ne trouve plus sa place, d’autant que les écritures manuscrites ont-elles-mêmes évolué : si l’on veut que la typographie ressemble à l’écriture de tous les jours, ce n’est plus la civilité qu’il faut utiliser. La connotation protestante de cette écriture (au XVIe siècle) ne facilite pas son maintien en vigueur.

Contre toute attente, le caractère de civilité connaît toutefois une seconde vie aux XVIIIe et au début du XIXe siècle. Jean-Baptiste de La Salle, fondateur des Frères des écoles chrétiennes, publie en 1703 les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, qui remet au goût du jour une police qui n’est plus utilisée depuis près de cinquante ans. Rapidement, la lettre de civilité passe pour le caractère typique des manuels scolaires… et prend le nom dont on le désigne couramment. L’auteur recense plus de 200 éditions d’ouvrages de ce type avec un pic dans les années 1810-1830 : étrange retour de la typographie gothique au temps des Lumières… Le phénomène est même général ; Rémi Jimenes démontre que ce retour ne dépend pas de quelques imprimeurs ou n’est pas limité à quelques villes mais est visible dans l’ensemble des centres d’impression du territoire français. Devenu à peu près illisible car trop éloigné des habitudes du temps, le caractère finit par disparaître au milieu du XIXe siècle… bien qu’il soit encore utilisé de nos jours comme caractère exotique.

 

Titre du livre : Les caractères de civilité. Typographie & calligraphie sous l'Ancien Régime
Auteur : Rémi Jimenes
Éditeur : Atelier Perrousseaux
Collection : Histoire de l'écriture typographique
Date de publication : 17/03/11
N° ISBN : 978-2-911220-40-1
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