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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Bagatelles contre un grand écrivain antisémite
[lundi 29 août 2011 - 12:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Céline, un antisémite exceptionnel. Une histoire française
Antoine Peillon
Éditeur : Le Bord de l'eau
72 pages / 5,70 € sur
Résumé : Journaliste spécialiste des enquêtes sur les réseaux néo-nazis et sur l’extrême droite, Antoine Peillon propose, en ce cinquantenaire houleux de la mort de Louis-Ferdinand Céline, un autre essai sur l’antisémitisme de l’écrivain. Débordé par l’émotion, cet essai ne parvient pas à développer une argumentation.
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Tout commence sur le plateau de Bernard Pivot, le 29 juin 2001, lorsque le physicien et ancien déporté Georges Charpak dénonce l’antisémitisme de Louis-Ferdinand Céline face à l’un des plus grands fans de l’auteur : Fabrice Luchini. Pour préparer cette intervention, Georges Charpak avait commandé des notes à Antoine Peillon. “Céline, un antisémite exceptionnel” est une version de ces notes, revues et corrigées à l’aune du cinquantenaire de la mort de l’auteur.

Dans cette nouvelle version des notes, Antoine Peillon a donc ajouté un avant-propos d’hommage à Georges Charpak, un premier chapitre qui revient sur la velléité avortée de la célébration nationale et sur la profusion de colloques, rééditons et hommages publics que le cinquantenaire de la mort de Céline occasionne. Dans le troisième chapitre, les chiffres sur les succès de ventes en libraires et aux enchères de Céline sont mis à jour. Les deux chapitres suivants se focalisent sur le propos de l’auteur et reprennent des faits importants : la manière dont Céline a profité de l’antisémitisme de la France de Vichy pour s’enrichir et son irréfutable action de collaboration avec l’occupant nazi. Une chronologie engagée où le journaliste expédie le problème du négationnisme de Céline en un paragraphe et un court texte autobiographique viennent clore cet “abrégé sur l’ignominie célinienne” .

Le travail de couture qu’opère Antoine Peillon entre ses notes de 2001 et son pamphlet de 2011 est assez habile et on ne sent pas le collage. Mais la thèse qu’il soutient sur l’“antisémitisme exceptionnel” de Céline n’a elle-même rien d’exceptionnel : Céline a été condamné à l’indignité nationale après la Seconde Guerre mondiale et son action antisémite a déjà été démontrée par de nombreux historiens, que Peillon cite d’ailleurs bien volontiers : Philippe Alméras, Jean-Pierre Martin, Annick Durafour, Yves Pages et même Henri Godard. La proposition plus originale que fait Antoine Peillon au début de l’essai est de démontrer, dans les pas de Bernard-Henri Levy, qu’il y a quelque chose de maladif dans la société française à ne pas voir les convictions racistes sous les mérites du style, à continuer à se délecter en douce des pamphlets antisémites de Céline, et à insister pour rendre à l’homme un hommage national . C’est précisément ce qu’Antoine Peillon n’arrive pas à faire entendre dans son “antisémite exceptionnel”, faute d’argumentation.

En effet, si Peillon rappelle les faits historiques : le sérieux des propos antisémites de Céline, son implication dans la collaboration et l’impact direct de ses imprécations à massacrer les juifs dans la France de Vichy, c’est toujours en se cachant derrière de longues citations d’Hannah Arendt, de Jean-Pierre Martin ou de Pascal Ory : des auteurs “formels”  dans des “pages définitives”  et qui semblent se suffire à eux-mêmes pour discréditer Céline à jamais du patrimoine littéraire français. Ce camp des “gentils” est pris en bloc, et Peillon ne prend pas la peine de détailler les diverses positions, ni même de revenir sur les diverses argumentations construites et qui pourraient étayer sa position. En face, le journaliste discrédite systématiquement ceux qu’il appelle les “célinophiles patentés” par des phrases d’attaques assez grossières (Luchini est “inévitable”, Sollers fait au passage de la publicité pour son propre livre car “toute occasion est bonne à prendre et il n’y a sans doute pas de petit profit”, p. 19). Ce camp des “méchants”, regroupe de manière indifférenciée des figures aussi diverses que Bruno Gollnich, Julia Kristeva et Éric Naulleau. En 2008, Nicolas Sarkozy va lui aussi “rejoindre ce beau linge en célinomanie” alors qu’on lui offre un manuscrit de l’écrivain et qu’il déjeune avec Luchini pour parler de l’auteur du Voyage au bout de la nuit .

Titre du livre : Céline, un antisémite exceptionnel. Une histoire française
Auteur : Antoine Peillon
Éditeur : Le Bord de l'eau
Date de publication : 20/05/11
N° ISBN : 2356871187
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