On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le romantisme a beau avoir tenté de remiser Racine ou Boileau au rang de vieilles perruques, certains auteurs du XXe siècle ont eu beau revendiquer une rupture avec le passé, le règne de Louis XIV marque encore dans les esprits une certaine perfection de la langue française, incarnée par des écrivains qui ont été et demeurent "classiques" : Corneille, Molière, La Fontaine, Boileau, Racine, La Bruyère, Pascal, Mme de Sévigné ou de Lafayette… Loin de se borner à donner des textes sans saveur voués à chanter de manière toute artificielle la gloire du souverain, la littérature voit fleurir la première personne et la subjectivité. Ces écrits acquièrent par là un double statut littéraire et historique – puisque la parole est donnée au grand témoin – à même d’intéresser le plus grand monde. Souvent hélas, les mêmes passages se trouvent dans tous les livres – répétés jusqu’à satiété. Alors que la richesse des textes personnels est immense, on se contente par paresse ou par habitude d’un corpus de faible dimension et dont l’intérêt va décroissant au fil des lectures.
C’est cela que veut pallier Thierry Sarmant en proposant cette anthologie. À travers une centaine de textes de quelques lignes à plusieurs pages, il s’agit de retracer le règne du Roi Soleil, de sa montée sur le trône à l’âge de cinq ans à sa mort en 1715. L’organisation du corpus est chronologique afin de donner une sorte de méta-annales du règne.
Les auteurs convoqués ne sont bien sûr pas les mêmes pour les diverses périodes. Le cardinal de Retz, La Porte ou Mme de Motteville se taillent la part du lion pendant la période mazarine (1643-1661). Le "règne glorieux" est placé sous la plume de Mme de Sévigné, mais aussi de l’abbé de Choisy, de Charles Perrault, voire de Louis XIV lui-même, seul roi à nous avoir laissé des Mémoires. L’élégante épistolière est encore présente pour nous conter la période suivante (1685-1700) mais laisse de plus en plus la place à Saint-Simon, dont la pointe empoisonnée doit être traitée avec la plus grande circonspection. Ce dernier est un des principaux chroniqueurs de la difficile période de la guerre de succession d’Espagne et des deuils de la famille royale (1701-1715).
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