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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Défendre la langue en l’attaquant
[lundi 11 juillet 2011 - 15:00]
Linguistique-Sciences du langage
Couverture ouvrage
Sens de la langue, sens du langage
Chantal Lapeyre-Desmaison, Isabelle Poulin, Jérôme Roger
Éditeur : Presses universitaires de Bordeaux (PUB)
198 pages / 19 € sur
Résumé : Actes d’un colloque qui s’est tenu en 2011, le recueil rassemble, dans une démarche originale, des articles critiques sur quelques écrivains de Bossuet à Prigent, sur la difficulté de traduire et sur la pratique théorisée d’enseignants, autour de la question si problématique de la langue.
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Quoi de commun entre Proust, Césaire, Bossuet et Prigent ? À première vue, rien. Sauf à les penser du point de vue adopté, dès l’ouverture du recueil, du “sens de la langue”. Chacun de ces écrivains manifeste, à sa façon, qu’il a le “sens de la langue”. Pour autant, l’expression problématique ne résout rien, a priori. Elle n’établit pas, de son usage courant, son fondement. C’est pourtant cela qui a stimulé le désir d’investigation de Chantal Lapeyre, d’Isabelle Poulain et de Jérôme Roger, qui ont réuni des professeurs, des chercheurs, des traducteurs, tous pris au piège de la langue. En effet, le “sens de la langue” est-il le même pour un écrivain, un professeur de lettres, un étudiant, un élève de maternelle ou un locuteur bilingue ? De même, que signifient des expressions telles que “sentiment” ou “génie” ou “beauté” de la langue, ou “voix d’un auteur” relevées dans quelques articles ?

Le lecteur y perçoit un sens, qui résiste, cependant, à une définition précise. En arrière-plan, la question toujours actuelle de la langue, objet de la linguistique depuis Saussure. J’ajoute depuis La Logique de Port-Royal. Pour autant, la démarche des auteurs ne se veut pas historique, même si Humboldt, Benveniste, Culioli sont convoqués. De même Lacan. Elle est plurielle. C’est là son originalité. Pas de dogmatisme, mais des approches diverses – Montaigne aurait dit des “essais” – une mise à l’épreuve de la pensée de la langue dans les textes réunis autour de trois pôles de recherche. Le premier Du côté de chez l’autre consacré à l’écriture littéraire. Le deuxième Du côté de la classe consacré à la langue dans l’institution scolaire. Le troisième Du côté de Babel consacré à deux langues en face à face dans l’exercice de la traduction. Trois laboratoires de la langue, pourrait-on dire, comme des espaces de médiation entre des univers culturels hétérogènes. De là, deux grands axes de réflexion se dessinent : d’une part, la langue comme mise à l’épreuve du sujet parlant dans l’institution scolaire et dans l’exercice de la traduction. D’autre part, la langue des écrivains, non comme modèle, mais comme un écart par rapport à une norme hypothétique et, pour le moins, discutable.

Première approche de la problématique complexe de la langue : son apprentissage à l’école et au lycée avec une première question : que faire de la norme linguistique que tentent d’imposer les instructions officielles (IO) dans l’enseignement de la langue ? Dans son article “Embarras de langues”, qui ouvre la deuxième partie du recueil, Chantal Lapeyre souligne que le mérite de la norme, que représentent ou que tentent d’institutionnaliser les IO, est d’exister. Comme toute règle, elle permet de se situer par rapport à elle et d’entrer dans une relation critique avec elle. Dans son article “Donner du sens à l’enseignement de la langue”, Sandrine Larraburu-Berouet adopte un point de vue différent. Elle interroge le statut de la norme dans les IO et dans les différentes grammaires scolaires ou universitaires. La norme y est le reflet des préoccupations linguistiques propres à une période. Il apparaît, en effet, que, évoluant au gré des IO, depuis la IIIe République jusqu’à nos jours, l’exigence normative, liée à des moments historiques, est d’autant plus forte que le politique se donne pour mission, par le biais de l’enseignement entre autres, d’assurer la cohésion de la nation.

Depuis quelques décennies, la norme se décline dans les exigences de “compétence linguistique”. Ainsi, selon la terminologie officielle, injonction est faite, à chaque enseignant, de faire en sorte que les élèves “maîtrisent” la langue. Ce qui signifie qu’il faut enseigner à ces derniers la langue selon des règles et des normes. En clair, un ensemble de contraintes. Cela revient, pour S. Larraburu-Berouet, à enseigner une “langue figée”. Non-sens, en fait, puisque la langue française n’a d’intérêt, et plus particulièrement dans sa phase d’apprentissage, que si elle est vivante. (J’ajoute que la langue “morte” des IO ou des grammaires est tout aussi théorique et hypothétique que l’élève chargé d’en acquérir la “maîtrise”. Ni l’un ni l’autre ne se rencontrent dans le quotidien d’une classe.) S. Larraburu-Berouet propose, pour rendre vie à la langue, de donner aux élèves la possibilité de l’entendre dans ses variations. Pour cela, il leur faut “écouter” et “comparer” différents énoncés. Autrement dit, faire de la langue un objet dont ils se saisissent pour la faire leur.

Titre du livre : Sens de la langue, sens du langage
Auteur : Chantal Lapeyre-Desmaison, Isabelle Poulin, Jérôme Roger
Éditeur : Presses universitaires de Bordeaux (PUB)
Collection : Modernités n° 32
Date de publication : 11/07/11
N° ISBN : 2867817331
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