On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Comme le souligne avec pertinence, en tête d’ouvrage, Julien Anfruns, directeur général du Conseil International des musées, "à l’heure où de nouveaux musées et de nouvelles politiques patrimoniales se développent en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique latine, à l’heure où les musées d’Europe, d’Amérique du Nord et de bien d’autres parties du monde sont mis au défi des contraintes économiques", mais aussi, ajoutons-le, culturelles (d’autant que nous assistons à leur rapprochement avec le monde des loisirs), un tel ouvrage se met à la hauteur des enjeux. Certes, il vise en premier lieu les professionnels et la communauté muséale internationale, mais à ce groupe professionnel on peut adjoindre, sans difficulté, les chercheurs en sciences sociales, les étudiants et les honnêtes gens intrigués par la compréhension de la politique des musées souvent conduites au nom de tous. Ce n’est pas pour rien que le nom de "dictionnaire" est accompagné par "encyclopédique" par allusion à la pédagogie "populaire" de Denis Diderot et d’Alembert, allusion qui se prolonge dans l’organisation interne de l’ouvrage : rebonds d’une notion à l’autre, dérivés, corrélats, analyses, bibliographie remarquable. De même que tout un "Discours préliminaire" vient orienter le lecteur dans cette structure logique et dans les options qui la caractérisent.
Un danger réel guette-t-il et menace-t-il le musée institutionnel ? Les nouveaux pôles d’intérêt des jeunes générations, en l’espèce des nouveaux médias, ne se substituent-ils pas dans leur tête à la visite des musées (p. 300) ? Est-ce à dire que les musées ont peu d’années de vie encore devant eux ? De toute manière, s’il n’est pas certain que les musées vont demeurer longtemps un des principaux vecteurs de la culture, il ne reste pas moins vrai qu’il est temps de s’intéresser profondément à eux.
D’ailleurs, paradoxalement, on ne peut qu’être frappé de nos jours par la surenchère de l’offre muséale. Offre de plus en plus grandiose, et voyante. Les visiteurs y sont sensibles. Ils se rendent massivement dans les grands musées du monde. Ils forment des queues impressionnantes à l’entrée de tel ou tel musée. Force est bien d’admettre, avec Régis Debray, que les musées ne se sont jamais mieux portés. 53 millions de visiteurs des musées français en 2000.
Bien sûr, on peut n’être pas dupe de l’interprétation à conférer à ces constats. Entre problèmes sociaux qui n’ont pas disparu (qui accède ainsi à cette culture ?), goût pour l’art et les musées qui demeure un privilège de classe (les analyses de Pierre Bourdieu sont abondamment citées), déclin des grands récits et recherche désespérée de sens, offres de loisirs multipliées, les musées n’ont pas l’air d’occuper une position assurée. L’un des rédacteurs de ce dictionnaire affirme d’ailleurs (p. 82) que, plutôt que des instruments d’une dérive vers la commercialisation de la culture, les musées d’aujourd’hui semblent devenus à leur façon des substituts tardifs de l’école et de l’Eglise. C’est désormais pour y chercher des explications (sur l’univers, sur l’homme, sur la science, …) ou des directives d’action (dans les écomusées), que les visiteurs se rendent dans les musées. Et ceux-ci ont la lourde charge de prendre le relais de la formation permanente, dans la mesure où les adultes cherchent des formations de rechange. Il convient à cet égard de s’interroger, et cet ouvrage le réalise fort bien, sur le paradoxe en fonction duquel le nombre de musées a doublé récemment en l’espace de trois décennies, passant de 22 000, en France, en 1975, à 50 000 à l’heure actuelle.
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