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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Genèse du médiateur et de son territoire professionnel
[jeudi 30 juin 2011 - 12:00]
Politique culturelle
Couverture ouvrage
L'action culturelle et ses métiers
Isabelle Mathieu
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
272 pages
Résumé : Un ouvrage qui entreprend d’établir des modes de légitimation des métiers de l’action culturelle en les reliant au modèle républicain.
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La perspective est désormais classique : analyser, dans le cadre de la France, les évolutions de l’action publique en matière de culture en parallèle avec la construction du modèle républicain. Elle relève presque d’une histoire culturelle de la culture. Elle s’appuie sur l’idée selon laquelle ce modèle républicain, en France, entre la Révolution et nos jours, constitue un marqueur fondateur et fondamental de l’action culturelle que les pouvoirs publics ont été par la suite conduits à mettre en œuvre, à redéployer ou à déléguer.

Est-ce à dire pour autant que l’on puisse parler, dès 1789, d’une politique publique de la culture ou d’une politique culturelle (l’expression est récente, comme on le sait), voire de médiation culturelle (l’expression est encore plus récente) ? L’auteure ne le prétend pas. Elle se contente de préciser que la Commune de Paris, dès les premiers mois de la Révolution, conçoit ni plus ni moins qu’une ébauche de ce que "l’on appellerait aujourd’hui une politique sinon d’intervention publique, au moins de régulation dans le secteur du spectacle". Il n’empêche, ce cadrage a du moins le mérite d’éviter de faire remonter à la monarchie ou à l’éternité une politique dont on voit bien qu’elle comporte un projet universaliste incompatible avec le particularisme royal.

De manière plus ramassée encore, cet ouvrage s’intéresse, d’un point de vue historique, à ceux qui sont chargés d’établir le lien entre l’art et la société. S’agissant de ces métiers de l’action culturelle, l’auteure ne se contente pas de les relier au modèle républicain, elle montre qu’ils dévoilent l’action culturelle elle-même. Ce renversement est bien noté dans la préface de Michel Authier qui écrit : "c’est un effet pernicieux de notre ignorance commune de l’histoire de croire que l’existence d’une institution est la preuve de l’existence de son objet ; ainsi la culture serait ce dont s’occupe le ministère du même nom – à l’instar de l’instruction, qui serait l’apanage de son ministère".

Le premier moment de constitution de ces métiers correspond à l’élaboration de la trilogie républicaine : Instruction, Information, Culture. Trilogie insécable, bien sûr, mais aussi trilogie articulée aux Lumières.

Cela étant, pour suivre quoique brièvement la chronologie historique, ces trois valeurs sont rapidement muées en institutions. L’instruction bénéficie, dès la Révolution française, d’une assise dans les textes fondateurs (Constitution) : il s’agit d’assurer de façon égale – mais pas indifférenciée – l’apprentissage des connaissances nécessaires à tout un chacun pour exercer ses fonctions de citoyen, pourvoir à sa propre subsistance ainsi qu’à celle de sa famille, et éventuellement concourir aux progrès des sciences et des arts. Le peuple ne peut exercer sa souveraineté s’il n’est pas éclairé, instruit, libre d’esprit et autonome dans sa réflexion. Il n’est à même d’évaluer la pertinence des différentes options qui lui sont soumises dans le cadre d’un débat démocratique qu’à cette condition. L’instruction, telle que la définit Condorcet, dès 1791 implique une capacité à participer aux débats et à entendre ce qui s’y profère. Pour respecter le principe fondateur de la république, il faut que tout repose sur une libre adhésion et non pas sur une imposition autoritaire. On connait à cet égard le cercle vertueux qui lie la démocratie aux citoyens, ceux-ci à leur volonté et la volonté à une formation ou instruction, qui simultanément, doit être garantie par l’Etat. Cette instruction est aussitôt complétée par le droit à l’information et donc par des lois concernant l’abolition de la censure.

Il reste cependant à savoir si les arts doivent avoir leur part à cette construction. La question de la culture, montre l’auteure, intervient ici. Elle en raconte l’émergence. Dans un premier temps, c’est la perspective de la fête qui s’ajointe aux précédentes. Condorcet donne son aval à ce qui est considéré comme un supplément nécessaire : "Il existe aussi des moyens indirects d’instruction, ou plutôt d’institution, qu’on ne doit point négliger, mais dont il ne faut pas abuser, dont il serait aussi peu philosophique de nier que d’exagérer l’importance ; dont enfin, puisque leur action existerait indépendamment de la puissance publique il est bon qu’elle puisse s’emparer pour les empêcher de contrarier ses vues : je veux parler des spectacles et des fêtes". Les spectacles peuvent certes corrompre l’esprit public, mais ils peuvent aussi, reconnaît-il, le perfectionner.

Titre du livre : L'action culturelle et ses métiers
Auteur : Isabelle Mathieu
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Partage du savoir
Date de publication : 27/04/11
N° ISBN : 978-2-13-058790-3
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