On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cet ouvrage constitue le deuxième volet d’une réflexion plus large commencée en 2006. Le premier volet de cette réflexion avait déjà trouvé un chemin vers le public grâce à la revue annuelle Recherches en esthétique. Le douzième numéro d’icelle rassemblait une vingtaine d’articles portant sur la même thématique. Depuis 2006, un colloque a prolongé les propos. En voici les actes sous la forme d’une publication en livre de douze contributions. Le maître d’œuvre en est le CEREAP (Centre d’Etudes et de Recherches en Esthétique et Arts Plastiques), de l’IUFM de la Martinique, en la personne de Dominique Berthet.
L’objet de cette réflexion : la rencontre. On conviendra qu’en temps de fraîcheur relationnelle, de choc des civilisations et d’isolement individuel, cet objet a une certaine actualité. La question est néanmoins traitée à partir de la perspective esthétique, tant sur le plan théorique que sur le plan des illustrations (parmi lesquelles celles d’Antonio Roscetti). Les auteurs se partagent le travail d’analyse, sans chercher particulièrement à brosser un panorama complet de ce qui est pensable en cette matière. Citons certains d’entre eux ainsi que leur thème, sans disqualifier les autres : Valérie Arrault traite de la rencontre inéluctable de l’art contemporain et du kitsch ; Dominique Berthet du basculement irréversible de la rencontre ; Dominique Chateau analyse l’esthétique de l’art comme rencontre ; Marc Jimenez s’attarde sur une esthétique de la rencontre ; René Passeron va à la rencontre du "daimon" intérieur. Les autres contributeurs (Christian Bracy, Richard Conte, Hugues Henri, Samia Kassab-Charfi, Jean Lancri, Hervé-Pierre Lambert, Antonio Roscetti) amplifient encore la démarche.
On remarquera au passage que les auteurs en question sont, chacun, liés à des travaux très précis (critique, histoire de l’art, philosophie, peinture, architecture). C’est donc moins sur leur originalité concernant la définition du concept de rencontre qu’il faut compter, que sur l’intérêt de la traduction de leurs travaux préalables dans les termes de la question posée par le CEREAP. Aussi, au fil de la lecture de l’ouvrage, n’est-on pas étonné d’entendre la notion de rencontre élargie au maximum de son extension et prendre des accents particuliers.
Au demeurant, qu’en est-il de la rencontre ? Et dans quelle mesure la rencontre constitue-t-elle un concept important pour l’esthétique, plutôt qu’un mode de l’existence ? La question se pose d’autant plus que la mutation de ce mot en concept ne peut se contenter des descriptions de rencontres sous lesquelles on prétend le cerner d’habitude. Pour en présenter la notion, Dominique Berthet écrit : "elle est définie à la fois comme un coup de dés, un combat, un duel, une circonstance fortuite, la mise en contact de deux personnes par hasard ou de manière concertée, prévue..." . Ce qui ne renvoie d’abord qu’à des qualifications : émerveillement, enchantement, ravissement ou drame, tragédie, catastrophe. En l’occurrence, la rencontre ne s’opère sans doute jamais n’importe où et n’importe comment : "Il faut le bon moment, le bon endroit, les bonnes conditions". On l’entend bien. Cela facilite d’ailleurs la distinction entre la simple mise en présence, le simple contact et la rencontre.
L’intervention de Marc Jimenez renforce cet aspect de la question de la rencontre. Elle insiste sur l’esthétique de la rencontre en prenant en charge l’opposition entre la racine et le rhizome. Elle interroge la poétique de la rencontre, en l’articulant notamment à une réflexion sur les nouvelles technologies (vidéosurveillance, GPS, portable, Net...). Elle porte le doute sur l’idée d’une puissance contestataire réelle de la circulation des informations sur le Web (notons que tout cela est publié bien avant les commentaires récents sur les apports de ces technologies aux "révolutions arabes").
Si, dans un article, le rapprochement tenté entre l’art contemporain et le kitsch n’est pas tout à fait probant, un autre article (D. Berthet) revient plus subtilement sur la rencontre par le biais cette fois de deux références. D’une part, la question de la conquête, notamment à partir des écrits de Carlos Fuentes. Il s’agit alors de la rencontre-collision ; elle est liée à la soumission et à l’extermination de populations indigènes ; la rencontre constitue un séisme qui bouleverse, ébranle une culture ; elle devient vite tragédie, même si par la suite, elle débouche sur des données nouvelles. D’autre part, la rencontre qui procède d’une fascination : elle se fait rencontre-choc, comme en vécut par exemple André Breton avec Nadja.
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