Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La guerre civile numérique aura-t-elle lieu ?
[lundi 20 juin 2011 - 15:00]
Décryptage du web
Couverture ouvrage
La guerre civile numérique
Paul Jorion
Éditeur : Textuel
109 pages / 13,30 € sur
Résumé :  La "guerre civile numérique" aura-t-elle lieu ? Sans doute ! Les affrontements, sur plusieurs théâtres d'opérations, ont même déjà commencé. Du hacker au manifestant dans les rues de Téhéran, virtuelle et réelle, la guerre témoigne de mutations radicales qui s'écrivent, nous dit Jorion, dans la quête d'une démocratie à conquérir ou reconquérir ...
Page  1  2 

Voici un petit livre, 122 pages, au titre explicite et un brin provocateur puisqu'il s'agit, ni plus ni moins, de guerre civile … quand bien même cette dernière ne serait-elle "que" numérique. Charpenté autour d'une triple thématique, il traite à la fois de l'émergence d'hactivistes sur le Net, au même titre que l'on parle de médiactivistes dans les travaux récents de Dominique Cardon et Fabien Granjon  , propose une analyse, souvent convaincante, de l'actuel désordre mondial et, à travers la question des blogs, s'interroge sur ce qu'il en est désormais de l'information. Cette "guerre civile numérique" nous dit P. Jorion, nous la côtoyons de plus en plus.

Elle est même, sur certains fronts, déjà ouverte. En témoignent à la fois - dans des registres dont il importe de marquer clairement les différences - les actions menées par les hackers se regroupant sous l'appellation d'Anonymous et l'utilisation de l'outil numérique dans les luttes des jeunes - et moins jeunes - Tunisiens, Egyptiens, Libyens, Syriens, Iraniens ou bien d'autres, pour accéder enfin à la démocratie. Nous sommes donc au bord d'une guerre civile à l'échelle planétaire. Elle excède dorénavant la traditionnelle opposition entre pays du Nord et pays du Sud. Ce qui la rend possible - et non ce qui en serait la cause - est bien la diffusion depuis plus d'une bonne décennie de l'outil numérique. Il bouleverse et radicalise les moyens de transmission, l'échange et la circulation de l'information. Parce que le numérique le permet - et avec une efficacité beaucoup plus grande que celle de la presse, de la radio ou de la télévision au cours du XXe siècle - un peu partout dans le monde se font entendre des voix, jusque là étouffées.

Voix de hackers, Zippies ou Anonymous, petits groupes aux contours indécis, à la géographie fluctuante, militants radicaux hostiles à toutes formes de contrôle sur le Net (ils se sont faits connaître du grand public au moment de l'"affaire Wikileaks") ; mais également voix de citoyens qui se sont - lors de ce que la presse a appelé le "printemps arabe" - servis des outils numériques (mobiles, twitter et autres blogs, …) pour faire connaître leurs luttes et le sens de leur révolte et, bien plus, les ont détournés alors qu'ils étaient, tout particulièrement dans ces pays, outils de surveillance au service de "la société de contrôle" dont parlait Gilles Deleuze et dont James R. Beniger avait, dans un livre majeur, et qui n'est toujours pas traduit en français, dressé la généalogie  .

Guerre civile donc où le virtuel et le réel (la mort d'une jeune iranienne qui manifestait pacifiquement, filmée sur un mobile et diffusée sur les télévisions du monde entier) interfèrent. Or, si la violence des balles ou des matraques des policiers syriens ou des miliciens iraniens ne peut, bien sûr, en aucun cas être comparée au "déni de service" qui avait touché Wikileaks, les formes multiples de la répression ont, ici et là, donné naissance à l'organisation d'une "cyber-résistance" aux formes hétérogènes. Elle prend la forme de twitts, de posts ou de blogs ou, dans le cas d'hactivistes qui se réclament de l'action directe numérique, se manifeste par des actions, s'apparentant à une forme de Blitzkrieg numérique (qualifiées de sabotage par les gouvernements) comme ce fut le cas aux États-Unis bien sûr avec l'"affaire Wikileaks", mais aussi en Tunisie ou en Égypte où, à plusieurs reprises, des sites officiels furent bloqués, empêchant les serveurs de fonctionner, en les noyant sous des millions de requêtes.

Titre du livre : La guerre civile numérique
Auteur : Paul Jorion
Éditeur : Textuel
Collection : Conversations pour demain
Date de publication : 23/05/11
N° ISBN : 2845974205
Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici