La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Nicolas Kayser-Bril : "La régulation du web est une supercherie"
[lundi 20 juin 2011 - 12:00]
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Nicolas Kayser-Bril est data journaliste chez Owni. 

Nonfiction.fr- La France, et notamment la classe politique française, prend-elle suffisamment en compte l’importance des TIC et d’Internet ou accuse-t-elle au contraire un certain retard ?

Nicolas Kayser-Bril- Je ne pense pas que la France soit en retard. D'un point de vue technique, la France a eu la chance d'avoir Free qui a poussé la qualité du service internet vers le haut et le coût vers le bas, si bien que les Français sont plutôt mieux connectés que la moyenne de l'Union.

Au niveau politique, les Français ont très tôt compris comment utiliser internet. La campagne pour la Constitution Européenne, en 2005, a été marquée par l'influence du blog d'Etienne Chouard, militant pour le "non" et extrêmement populaire. Quant à l'utilisation du web par les politiques, Ségolène Royal a tenté une expérience en 2007 avec Désirs d'Avenir et le résultat que l'on sait, mais ça montre encore une fois la prise en compte d'Internet par une bonne partie de la classe politique.

En ce qui concerne le gouvernement et l'administration, la France n'est pas non plus très en retard. Les classements internationaux sur l'e-gov la placent en 10ème position, derrière le Royaume-Uni mais largement devant des pays que l'on s'attendrait à voir mieux classés, comme l'Islande ou Israël.

Nonfiction.fr- Le Printemps Arabe semble avoir quelque peu bousculé les choses. Que pensez-vous de la reprise en main de ces questions par Nicolas Sarkozy, notamment avec l’e-G8 ? Peut-on s’attendre à un changement de comportement de la majorité vis-à-vis notamment des cyberdissidents ?

Nicolas Kayser-Bril- Nicolas Sarkozy a dépensé beaucoup d'énergie à combattre les libertés, y compris sur Internet (Hadopi, Loppsi etc.). C'est très dommageable à l'écosystème du web en général, et je ne pense pas que l'e-G8 change quoi que ce soit à la direction générale de l'action de Sarkozy sur Internet. Il en va de même pour les cyberdissidents, il est peu probable que l’attitude du gouvernement change.

Nonfiction.fr- L’e-G8 et le Conseil national du numérique (CNN) ne risquent-ils pas de donner la parole aux personnes qui l’ont déjà, alors qu’Internet pourrait être un réel espace démocratique ? Est-il possible que nous nous dirigions vers un Internet à deux vitesses ?

Nicolas Kayser-Bril- Si vous entendez par "espace démocratique" un espace où chaque élément d'information (octet) est traité de manière égalitaire, alors, oui, on s'en éloigne. La neutralité du net est en train d'être mise en pièce par les fournisseurs d'accès, avec la bénédiction du gouvernement, comme le montre en effet la composition du CNN.

La fin de la neutralité du net ne créerait pas un internet à deux vitesses, elle détruirait purement et simplement l'économie qui a émergé du réseau, dans laquelle un service nouveau peut changer le monde en quelques années (Google, Facebook, mais aussi Wikipédia). En limitant la vitesse de chargement des sites non-agréés, les fournisseurs d'accès transformeraient internet en un média traditionnel, de masse. Une minorité, au sommet de la pyramide, y déciderait de ce qui est bon pour le consommateur, ou alors seuls ceux ayant déjà accès au capital pourraient payer pour garantir la vitesse de chargement de leurs services. On reviendra à un monde où les projets ne pourront se lancer sans un accès massif au capital et où les idées n'auront plus la possibilité de trouver leur public.

Clémence ARTUR
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