On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Christine Balagué présente pour nonfiction.fr Renaissance Numérique, le lobby qu’elle co-préside, et les positions qu’il défend dans l’espace public.
Nonfiction.fr- Quel rôle joue Renaissance Numérique dans l’univers du Web, en France et au-delà ?
Christine Balagué- Renaissance Numérique est le think tank de l’Internet citoyen, regroupant les principaux dirigeants de sociétés du Web et des universitaires experts sur les TIC. Notre objectif est le développement du numérique dans une optique citoyenne, à savoir pour tous et pour le bien de tous. Le premier livre blanc de Renaissance Numérique est paru en 2007, entre les deux tours des présidentielles. Intitulé "2010, l’Internet pour tous : 15 mesures pour que 80% des français soient équipés, connectés et formés à l’Internet", il a été très médiatisé à l’époque car, alors que les candidat(e)s à l’élection mettaient en avant leur utilisation du numérique dans la campagne, la situation des Français était catastrophique : uniquement 45% des foyers étaient équipés d’un ordinateur, et quasiment aucune mesure ne portait sur le numérique dans la campagne. Nous avons beaucoup œuvré pour lutter contre la fracture numérique. Parmi les 15 mesures que nous avions proposées, plusieurs se sont réalisées, comme la nomination d’un secrétariat d’Etat au numérique, le développement du reconditionnement d’ordinateurs pour équiper les foyers défavorisés, avec le label Ordi 2.0 qui depuis a été crée et dont nous sommes membre fondateur, le développement de l’accès à l’Internet, le financement de projets de recherche sur le numérique et de partenariats public/privé (qui a été effectif grâce à la partie numérique des investissements d’avenir du grand emprunt). Renaissance Numérique est aussi à l’origine de l’amendement Retailleau, qui permet aux entreprises de donner des ordinateurs amortis à ses salariés avec une valeur d’usage égale à zéro. Nous avons mené des groupes de travail et de réflexion pour sensibiliser les seniors au numérique. J’ai été moi-même co-rapporteur de la partie "technologies au service de l’autonomie" de la mission Vivre chez soi lancée par Nora Berra, alors secrétaire d’Etat aux aînés. Notre recommandation dans ce rapport était de favoriser l’équipement des jeunes retraités avec des technologies évolutives permettant ensuite de répondre à leurs besoins s’ils deviennent socialement ou physiquement plus fragiles, puis de s’adapter, dans le cas de la dépendance, afin de permettre à ces personnes de rester plus longtemps chez elles grâce à des technologies de e-santé. Renaissance Numérique a été également très actif pour favoriser l’accessibilité au Web : la France reste très en retard sur ce critère, puisque 2% uniquement des sites Web sont accessibles aux non voyants en France. Nous avons également été très actifs sur l’e-éducation, car la fracture numérique sur les enfants est source de création de fracture sociale dans les années à venir. Nos propositions ont été reprises dans le plan numérique 2012 et dans le plan de relance, et nous travaillons régulièrement avec plusieurs ministères ou organismes publics. Aujourd’hui, Renaissance Numérique est systématiquement auditionné par l’Assemblée nationale sur les questions sur le numérique. Notre think tank est apolitique et nous menons également des actions pour sensibiliser les députés et les sénateurs au secteur du numérique. Il y a encore du travail à mener sur ce point, puisque moins d’une dizaine de députés et de sénateurs sont impliqués sur les sujets du numérique aujourd’hui. En 2011, notre think tank a sélectionné une dizaine de thèmes déterminants pour faire avancer le numérique en France. L’un des thèmes porte sur le financement des sociétés innovantes et l’écosystème d’innovation en France. Nous proposons de créer un Small Business Innovation Research Program, qui permettra aux PME innovantes d’être sélectionnées dans le cadre des marchés publics. Nous travaillons actuellement sur l’élaboration d’un ensemble de mesures que nous allons soumettre aux différents candidats à l’élection présidentielle. Nos propositions portent à la fois sur des sujets économiques et aussi sociétaux, comme le droit à l’oubli, qui devient un réel enjeu dans nos sociétés aujourd’hui, enjeu de libertés individuelles. Renaissance Numérique souhaite faire avancer les débats sur le type de société numérique que nous voulons construire, qui soit la meilleure pour tous et qui, au lieu d’être source de fracture sociale supplémentaire, soit source d’amélioration de la vie de chacun.
Nonfiction.fr- Quelle est la position de Renaissance Numérique sur la politique de Nicolas Sarkozy sur Internet, notamment à la suite de la création du Conseil national du numérique et du e-G8 ?
Christine Balagué- Depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy, et probablement aussi grâce à la pression de plusieurs associations ou de think tanks comme le nôtre, le numérique a progressé en France. Alors qu’uniquement 45% des foyers français étaient connectés à l’Internet en 2007, 70% le sont aujourd’hui. Le haut débit s’est également déployé, avec un démarrage actuellement du très haut débit dans certains zones urbaines. 4,5 milliards d’euros ont été consacrés au numérique dans le cadre du grand emprunt, dont 2 milliards d’euros sur les infrastructures et 2,5 milliards sur des projets fléchés sur de grandes thématiques. Plusieurs projets innovants issus de PME ou de partenariats PME/ grandes entreprises/ laboratoires de recherche sont en cours de financement. Le FSN (fonds pour la société numérique) créé par l’Etat va permettre à la Caisse des dépôts de rentrer dans le capital d’entreprises innovantes. Toutes ces actions démontrent une réelle progression du numérique en France. Cependant, la France reste très en retard sur le numérique par rapport à d’autres pays. En ce qui concerne le taux de connexions, il existe en France un véritable "Tiers Net" : un tiers de la population est exclue de la société de l’information et de la communication. La France est parmi les derniers européens sur ce critère, et au niveau de la Corée en 2001 ! Cette fracture numérique n’est pas acceptable car elle est créatrice de fracture sociale. Comment un chômeur, qui se retrouve aujourd’hui sans ordinateur ni connexion à l’Internet car l’entreprise dans laquelle il travaillait a gardé son matériel et qu’il ne peut pas se les payer, peut-il facilement trouver un emploi ? Il ne peut pas poster son CV sur des sites d’offres d’emplois, ne peut pas naviguer sur LinkedIn ou Viadeo à la recherche d’une offre, ne peut pas consulter les différentes offres… Comment des collégiens ou des lycéens dont les familles ne sont pas équipées d’un ordinateur peuvent-ils facilement faire les devoirs qu’on leur demande à la maison avec des recherches sur Internet ? La nouvelle épreuve de connaissance des arts en 3ème, tout comme le TPE en classe de 1ère, comporte une présentation orale qui se fait en projetant une présentation via un ordinateur…
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