On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Son caractère pédagogique – c’est le propre de la collection “Carré” chez Hachette – est à l’origine de l’organisation de l’ouvrage et de l’orientation de son contenu. La première partie est consacrée à une synthèse épistémologique et historique de la notion de banlieue (étymologie, évolution depuis le Moyen Âge et acceptions récentes). Un chapitre examine la notion dans les travaux des géographes, utile mise au point pour les candidats au concours comme pour les acteurs de l’aménagement et de l’urbanisme. Par exemple, on trouvera une évocation des travaux américains de David Harvey et de John Rawls sur la justice sociale. La deuxième partie, de facture classique, s’intéresse à la formation des paysages de banlieue, entrée fondamentale pour les géographes et que tous les acteurs de la ville gagneraient à s’approprier. Le lecteur suit l’évolution géohistorique de ces espaces, des faubourgs aux cités-jardins, des lotissements aux grands ensembles, des villes nouvelles aux récentes extensions périurbaines. Plusieurs documents, graphiques ou statistiques, illustrent le propos et, peu nombreux, ils s’avèrent choisis judicieusement. La troisième partie est consacrée à ce qu’il est désormais convenu d’appeler les “quartiers sensibles”, dont l’avenir dira si cette désignation psychologisante perdurera ou non. Parmi plusieurs autres, c’est cette dénomination générique qu’Hervé Vieillard-Baron retient. Il examine les notions de “zone”, de “ghetto” (nous y reviendrons) ou de “quartier”, tout en les corrélant aux représentations de la banlieue et au rôle de l’image et de la rumeur. Plusieurs chapitres sont consacrés à l’étude de la “crise des quartiers” et aux politiques mises en œuvre pour tenter de résorber cette crise.
Hervé Vieillard-Baron insiste sur la diversité de ces territoires, en proposant une typologie fondée sur douze critères et traduite graphiquement : entre autres, sont intégrés des indicateurs de précarité socio-économique (proportion de grands ménages, de chômeurs, d’ouvriers, de familles monoparentales), la participation électorale, les servitudes historiques et environnementales pesant sur le territoire, telles que la distance au centre, la proximité d’une voie rapide ou d’une ligne ferroviaire, d’un établissement polluant (usine, incinérateur), d’une institution à image négative (prison, hôpital psychiatrique) ou d’une friche. La conclusion est sans appel : “On observe que les indicateurs ne se recoupent complètement que dans quelques dizaines de quartiers. Ailleurs, les écarts aux moyennes communales ou régionales sont faibles” . Il est donc impossible de traiter de ces quartiers sensibles comme d’un tout. Ils rassemblent 8 % de la population française et quelque ceux mille cinq cents sont répertoriés comme tels (soit une multiplication par cent depuis 1982 !), chiffre bien trop élevé pour ne pas rassembler des situations fort hétérogènes. De longs développements sont consacrés à la politique de la ville, à travers l’étude des discours, les actions menées (démolitions, financements) et les acteurs impliqués, aussi divers que nombreux. Enfin, la dernière partie propose des comparaisons avec certaines périphéries de grandes métropoles du reste du monde, comme Tokyo, Pékin, Séoul, Mexico, Buenos Aires, Johannesburg ou Téhéran.
Ce précis d’étude des banlieues présente plus d’un intérêt à nos yeux. Tout d’abord, il offre des atouts pédagogiques pour le lecteur non spécialiste : clarté du propos (nombreux titres très analytiques, longs chapeaux à chaque début de chapitre résumant le propos), documents iconographiques, graphiques ou statistiques actualisés (à quelques regrettables exceptions près), mises au point épistémologiques et exemples précis et détaillés. Ensuite, il aborde l’étude des banlieues et périphéries sous un angle géographique, et non d’abord sociologique ou politique, ce qui permet à la fois de prendre la mesure spatiale des enjeux (distances, côtoiement, phénomènes de barrière, taille et échelles). Cette approche, étayée par des données chiffrées ou par des cartes, permet d’évoquer les quartiers dits sensibles de manière dépassionnée, fondée sur une approche objective et non constituée d’a priori.
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