On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le bilan contrasté du long "règne" du Front des gauches au Bengale occidental
Le Bengale occidental (West Bengal) serait-il à la recherche d’une identité que plus de trente-quatre années de domination du Front des gauches (Left Front) auraient mise à mal ? Le bilan du "règne" de cette mouvance est, il est vrai, contrasté. Mais c’est sans nul doute l’extrême ténacité de Mamata Banerjee qui explique son éclatante victoire, tandis qu’elle sut faire appel aux plus défavorisés que la fédération indienne, soucieuse d’objectifs économiques "nobles", semblait à tout le moins partiellement délaisser.
S’agirait-il pour autant de conclure que le Front des gauches – et tout particulièrement le Parti communiste d’Inde (marxiste) ou PCI(M) – mérita la sévère sanction populaire qui s’exprima lors des toutes récentes élections législatives ? Evaluer le "règne" du Front des gauches au Bengale reste en tout état de cause un exercice risqué, tant la polarisation marque les positions et donc les discours de deux camps, alors que les modérés plus à même de proposer un bilan impartial se font rares.
L’"Inde éclatante" – Shining India – souhaiterait, il est vrai, se défaire de toute hypothèque communiste qui rappellerait une construction nationale jugée désormais surannée, et cela en dépit d’indicateurs qui témoignent de l’accroissement d’inégalités déjà criantes.
La tentation misogyne
L’Inde est souvent à la recherche de personnages charismatiques capables de galvaniser l’opinion publique. L’effet semble davantage enchanteur lorsque c’est une femme qui s’investit de ce rôle, alors que son ascension dans un monde politique où la concurrence masculine est rude fut longue et difficile. A écouter les descriptions des partisans de Mamata Banerjee qui, expulsée du Parti du Congrès, fonda vers la fin de 1997 le West Bengal Trinamool Congress , celle-ci se parerait du halo qui revient à Indira Gandhi.
Cette ancienne Premier ministre, il est vrai, jouit désormais de l’aura d’une martyre : elle succomba (le 31 octobre 1984) aux balles de deux de ses gardes du corps , alors que ses partisans estimaient qu’elle avait œuvré en faveur de l’unité de la fédération indienne. La Présidente du Parti du Congrès Sonia Gandhi, veuve du Premier ministre Rajiv Gandhi, victime à son tour le 21 mai 1991 d’un assassinat, parvint, pour sa part, à affirmer une autorité désormais incontestable à l’échelle nationale.
Le cursus honorum d’Indira Gandhi, fille du Premier ministre Jawaharlal Nehru , fut sans nul doute facilité par sa filiation. Son nom – Gandhi – ne l’apparentait pas à la famille du Mahatma Gandhi, mais découlait d’un mariage avec un homme politique prééminent de confession parsie, Feroze Gandhi. Cependant, il prêta fréquemment à confusion dans l’esprit de la population indienne. Sonia Gandhi connut des débuts difficiles pour deux raisons : d’origine italienne, elle disposait d’une nationalité indienne récente (qu’elle avait acquise en 1983) ; par ailleurs, elle n’avait aucune expérience directe de la vie politique indienne, tandis qu’elle cherchait à s’ériger en défenseur de l’héritage (des privilèges et de la fortune) de la dynastie Gandhi.
Ses opposants eurent tôt fait de tenter de la renvoyer à la vie d’intérieur qui avait souvent été la sienne. Et la gauche, dont le Parti communiste d’Inde (marxiste) demeure aujourd’hui encore la formation prééminente, ne résista elle-même guère à la tentation misogyne. L’on se souvient du très respecté Jyoti Basu qui, exerçant la fonction de Chief Minister (Chef de l’Etat), présidait aux destinées du Bengale occidental (1977-2000). Le dirigeant du PCI(M) doutait publiquement des chances de succès de la novice Sonia Gandhi, la qualifiant, dans une expression qui se voulait péjorative, de "femme au foyer" – merely a housewife – alors qu’en 1998, elle s’engageait véritablement aux côtés du Congrès.
Un tel discours ne suscita guère la désapprobation de la société indienne qui souvent en retint le seul aspect anecdotique. Les instances dirigeantes du Parti marxiste n’accordèrent elles-mêmes qu’avec réticence une représentation d’importance aux femmes. Alors que le Comité Central avait enfin consenti à inclure 5 femmes en son sein, Brinda Karat accepta – en 2005 – un siège au Politburo. Elle avait auparavant choisi de démissionner du Comité Central, afin de marquer sa désapprobation face à la difficile représentation du genre féminin au sein des instances supérieures. Il est d’ailleurs frappant de constater que les adversaires du mouvement communiste assurent qu’elle acquit ce titre en raison de son "alliance" avec le Secrétaire Général Prakash Karat dont elle était l’épouse et qui fut également élu à son poste lors du XVIIIe Congrès du Parti marxiste de 2005.
4 commentaires
Nathalène Reynolds
heimathafen
Merci pour reponse. Je vous d'abord adresse mes excuses pour mon observation car ce ne sera pas ceratinement comme 'la media indienne' ou la media international, donc mon impression sur cette aberration qu'on appelle les elections est tres negative. Qu'on parle de la mysogynie, je vous prierais de ne pas prendre la media comme une source fiable, y compris the Hindu (N. Ram et compagnie) et meme Tehelka (on a eu tellement d'attente au depart). Si vous connaissez le site-web www.kafila.org, je dirai au minimum ils sont libre d'exprimer leurs opinions. D'ailleurs, quelle est le role de la presse ecrite pour une societe (indienne) ou 75 pour cent de la population n'ont pas acces.
Personellement, je ne crois pas les elections du Bengale comme une etape positive, car plupart des elus etait soit dans le Congres ou dans le PCI(M) meme il y a cinq ans... s'ils n'ont pas eu la bonne conscience de faire quelques chose pour les personnes comme moi (pour info... ils m'ont pas laisse passer mes examens de mon master sous pretexte des raisons administratives, du coup j'ai un master de trois ans, mdr), ce sera une amnesie inacceptable pour mes compatriotes miserables de ma part. Mais j'ai essaye de comprendre aussi que nous (les indiens pauvres, sans richesse, education, moyens, proprietes) faisons objet de films (Slumdog Millionaire), de recherche et de charite. C'est nous qui sont "on the wrong side of the history or even oblivion". Mais je vous felicite pour votre article de tout facon et vous remercie pour votre gentillesse de me (qui ne comprends pas le metier de recherche) repondre avec tellement de patience.
Nathalène Reynolds
Je vous propose avant de conclure à une quelconque manipulation de lire la série de brèves que nonfiction.fr se propose de publier. Répondant à mon métier de chercheur, j’ai le devoir de rapporter les débats d’idées (en tout cas, certains, puisqu’il ne s’agit ici que de courts articles) qui ont rythmé la campagne électorale et retenu l’attention des observateurs. C’est là une gageure puisque, comme le montrent les réactions que suscitent les positions du Trinamool Congress et du PCI(M) (mais également la vôtre), le débat est polarisé, toute neutralité étant considérée par l’un ou l’autre des « camps » comme une négation de positions politiques mais surtout populaires jugées primordiales.
Sans mettre en doute vos compétences en français, je me permets de vous signaler que j’abonde, au cours de mes « brèves » (et dans la première incluse), dans votre sens.
heimathafen