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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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La Fontaine : un art de vivre
[jeudi 09 juin 2011 - 10:50]
Littérature
Couverture ouvrage
Philosophies de la Fable. Poésie et pensée dans l’œuvre de La Fontaine
Jean-Charles Darmon
Éditeur : Hermann
381 pages / 33,25 € sur
Résumé : Jean-Charles Darmon fait un point complet sur les liens entre la fable et la philosophie.
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Jean-Charles Darmon s’intéresse aux relations entre littérature et philosophie au XVIIe siècle : “Comment décrire ces relations, comment interpréter ces parasitages, ces interférences, affinités diffuses, actions à distance, rejets polémiques, transpositions, déviations, malentendus, contresens… entre deux domaines [la littérature et la philosophie] qui ne peuvent être alors ni totalement séparés, ni totalement confondus ?” .

Dans ce livre – qui est une réédition revue et augmentée de Philosophies de la fable : La Fontaine et la crise du lyrisme, paru en 2003 aux PUF – Jean-Charles Darmon revient sur le parcours esthétique et éthique de La Fontaine, non seulement dans ses Fables, mais aussi dans ses Contes et ses œuvres diverses : Les Amours de Psyché et de Cupidon, Le Songe de Vaux

Jean-Charles Darmon a déjà étudié l’influence épicurienne sur l’œuvre de La Fontaine en se bornant à l’étude de certaines fables tardives (voir Philosophie épicurienne et littérature). Dans le présent ouvrage, il élargit son champ d’étude et questionne l’ensemble de l’œuvre de La Fontaine et ses résonances philosophiques. “À quelle distance au juste la fable se tient-elle de la philosophie ?” . Telle est la problématique de Jean-Charles Darmon dans son ouvrage qui a le grand mérite de faire un point complet sur les questions philosophiques liées aux Fables, en revenant sur certaines idées reçues, et en se basant sur l’analyse minutieuse des textes, dont certains qui sont rarement commentés.

L’ennui
Dans une première partie, l’auteur étudie longuement un texte peu connu et souvent délaissé, qui s’intitule Clymène, dont la date de composition est inconnue et que La Fontaine choisit de placer à la suite de son troisième recueil de Contes et Nouvelles en vers. Dans cette comédie, qui n’est pourtant pas destinée à être portée sur scène, Apollon invite les Muses à une expérience poétique qui consiste à chanter sur différents tons et styles la beauté d’une jeune fille nommée Clymène :

“Si ma prière n’est aux Muses importune,
Devant moi tour à tour chantez cette beauté ;
Mais sur de nouveaux tons, car je suis dégoûté.
Que chacune pourtant suive son caractère.”

C’est sur cet ennui, ce dégoût ressenti par le Dieu de la poésie, que Jean-Charles Darmon bâtit ses réflexions et analyse la poétique de La Fontaine. Selon lui, l’ennui qui règne au Parnasse traduirait le “deuil du lyrisme ou du moins un pressentiment de son affaiblissement inéluctable” . L’ennui est à comprendre dans son acception moderne : La Fontaine est avant tout un poète qui ne veut pas s’ennuyer ni ennuyer son lecteur. Pour déjouer cette lassitude, La Fontaine opte pour une poétique de la diversité (“diversité, c’est ma devise”, répète-t-il à l’envi dans Le Pâté d’anguille), variant les genres, les effets, les intentions… Mais cette esthétique de la diversité, qui marque la crise du lyrisme, va de pair avec une réflexion épicurienne sur le divertissement.

Dans la deuxième partie, Jean-Charles Darmon interroge la nature du plaisir chez La Fontaine et montre ses implications politiques : “Le discours sur le plaisir est intrinsèquement politique […]. Il permet d’affirmer l’autonomie d’un individu, souverain en ses jugements, mais d’abord en ses affects” . Cette singularité de l’individu, La Fontaine la met abondamment en scène dans les Fables, dans ce que Jean-Charles Darmon nomme des “fictions d’autonomie et de retrait” . Le critique redéfinit l’épicurisme de La Fontaine qui ne saurait être réduit à un simple hédonisme : il n’appartient pas seulement à la sphère privée, mais s’intéresse au contraire activement à la sphère publique. Il ne s’agit pas de vivre à l’écart, insouciant de ce qui se passe sur la scène politique, au contraire, le silence de la retraite a pour but de renvoyer “au monde social et politique les échos assourdissants de son bruit et de sa fureur” .

Titre du livre : Philosophies de la Fable. Poésie et pensée dans l’œuvre de La Fontaine
Auteur : Jean-Charles Darmon
Éditeur : Hermann
Collection : Lettres
Date de publication : 23/02/11
N° ISBN : 2705680314
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