On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

C’est le deuxième marronnier du monde arabe : quand il ne s’agit pas du conflit israélo-palestinien, il n’y a en général pas à attendre longtemps avant que la question pétrolière ne vienne faire, au prix d’un exécrable jeu de mots, tache d’huile, et ne teinte l’ensemble des problématiques évoquées. Oui, le monde arabe dispose de certaines des principales réserves d’or noir, dans le Golfe Persique, et dans le Sahara. Ceci étant posé… Le terrain devient rapidement… Glissant, et que n’apparaissent des représentations, des images liées au pétrole, mais qui présentent souvent l’inconvénient d’être trop généralistes, peu explicatives, quand elles ne contribuent pas à enfumer le débat, et ce sera là la dernière facilité de langue de cette critique.
De ce point de vue, le petit livre de Luis Martinez présente un intérêt tout particulier. Ce travail est issu du mémoire présenté lors de son habilitation à diriger des recherches, et ne constitue pas, en soi, une somme. Ce n’est pas là son but. Pour qui a étudié la région (étudié, et non "suivi l’actualité"), les éléments évoqués ne sont pas spécifiquement nouveaux, étant donné que tout l’intérêt du livre tient dans sa remise en perspective de ces données, connues, dans une forme de système explicatif, qui prenne en compte l’importance de la rente pétrolière dans les Etats qui se sont faits les hérauts de la contestation, d’inspiration socialisante, mais intègre cette question de la rente dans une réflexion proprement politique, visant à comprendre les spécificités des évolutions que l’on retrouve dans les trois régimes qui ont dominé l’Algérie depuis l’indépendance, l’Irak jusqu’en 2003, et la Libye jusqu’à… Justement, pour comprendre quels sont, entre autres, certains des ressorts du pouvoir à l’œuvre au sein de la jamahiriyya, et parmi les ressorts de la contestation. Alors que l’intervention occidentale dans ce pays a été aussi contestée justement à cause du flou, de la méconnaissance des équilibres internes et des logiques de pouvoir à l’œuvre dans ce pays, ce livre présente justement l’intérêt, non d’en donner toutes les clés, mais, modestement, et c’est aussi ce qui fait sa valeur, de proposer des éléments de grille de lecture, débarrassés des fantasmes et des effets de manche de part et d’autres, afin, sinon de décider, au moins de mieux comprendre, apprécier, ce qui s’est déroulé, et ce qui est à l’œuvre encore actuellement.
Analogies et spécificités
Si le printemps arabe a montré les aspects de réelle solidarité, et de communion qui peuvent exister entre les peuples des différents Etats concernés, ce livre présente l’intérêt de montrer, dans le cas de ces trois pays, justement les spécificités qui sont à l’œuvre, et qui ont exercé une lourde influence sur leur histoire et ce jusque dans ses développements les plus récents, au travers de trajectoires distinctes, mais parallèles, et encore plus diverses par rapport à leurs voisins dépourvus de ressources pétrolières. Une série de faits sont à l’origine de cette réflexion : au sein du monde arabe, ces trois Etats, potentiellement les plus riches, disposant de ressources abondantes, et de moyens de développement conséquents, aux structures politique non monarchiques, sont également ceux qui ont subi les contrecoups de développement les plus violents, et ont vu se développer des caractéristiques étatiques de prédation, justement autour de la question pétrolière. Parallèlement, ce sont les Etats qui ont eu la plus forte tendance à vouloir se doter des instruments de la puissance militaire, et corrélativement à l’utiliser, ou du moins à le tenter, dans des tentatives hégémoniques régionales, ou contre leurs propres populations. Confrontés tous les trois également à des condamnations extrêmement sévères sur le plan international, condamnations morales et à des sanctions politiques et juridiques, les régimes en place ont également fait montre de capacités d’adaptation, et de ressources pour se survivre hors du commun. Condamnés pour leur gestion extrêmement brutale de la contestation, les généraux algériens demeurent en place depuis le temps de Houari Boumediene, sans que le régime n’ait pu être renversé, même par une guerre civile d’une rare cruauté. Mouammar Kadhafi a survécu à des années de sanctions internationales sans ciller, et combat toujours au moment où ces lignes sont écrites, en dépit d’une intervention occidentale directe et de l’opposition d’une large partie de la population. Le régime baathiste a tenu malgré une guerre douloureuse contre l’Iran, une défaite écrasante en 1991, et plus d’une décennie de sanctions très sévères, et il y a fort à parier que sans l’intervention de 2003, il serait toujours en place à Bagdad.
1 commentaire
Arthur
Laissons tout le blablabla sur l'État, la prédation, les forces de sécurité intérieure et la corruption ; tout cela est réel. Mais est-ce ou non de la bonne ou de la mauvaise gouvernance ? Doit-on maintenant noter les États ? Sur la base de quels indicateurs ? Ou alors la malédiction des hydrocarbures qui apparut d'abord au plan interne, est-elle valable aussi au plan externe ?
En d'autres termes Alger a-t-elle intérêt à défendre ses puits de pétrole contre une main mise qui viendra car il s'agit bien pour l'Empire de se préparer à la guerre contre l'Asie mais aussi de mieux défendre ses intérêts en contrôlant les puits de pétrole et de gaz du monde arabe ; il n'aura échappé à personne que l'Arabie Saoudite et les Émirats du Golfe sont bien dans le giron...depuis 1920, conforté par 1990.
L' Algérie peut-elle résister à la violence qui lui sera imposée après l'Irak et la Libye ?
Comment manoeuvrer dans ce monde de prédation internationale ?
Comment faire avec l'Africom à ses portes et semble-t-il un AQMI plus présents dans le sahel et le sahara ?
L'Empire US sait-il que ce monde méditerranéen se " fréquente" depuis des millénaires et qu'il dispose d'une population souvent mélangée des deux côtés de la Méditerranée. Mais les Empires ne sont pas à un coût humain près. La première guerre mondiale avec les massacres de soldats, la deuxième et ses camps et ses villes dévastées. Et toutes les autres qui sont venues...L'homme n'est rien ; leurs intérêts,tout.
La troisième guerre d'Algérie aura-telle bien lieu ?
Reste à trouver le prétexte, qui ne sera pas le pétrole, bien sûr !.
Une résolution des Nations Unies ? Un vote du Conseil de sécurité ? Mais nous pouvons faire confiance aux " experts" en stratégie et en sciences sociales ; ils sauront trouver et alimenter les médias au bon moment voulu.
Fiction ?
Et le texte de Martinez est-il un premier pas de validation ou de désinformation ?