On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cet atlas fait partie des nombreux atlas conçus par les Editions Autrement, réputés pour leur compacité (80 pages seulement) et leur densité.
Celui-ci ne déroge pas à la règle, et présente un continent, l’Océanie, assez peu connu de nous autres Européens. En effet, ses limites sont en général assez floues – ce continent se définissant plus comme un ensemble maritime parsemé d’îles (allant d’Hawaï à la Nouvelle-Zélande, et de l’Australie à l’île de Pâques) plutôt qu’ “une étendue de terre bordée d’eau”, pour reprendre la définition habituelle du terme de continent.
D’autre part, l’Océanie, en tant que “bout du monde”, est d’abord connue par ses représentations, devenues quasi mythiques : vahinées, îles désertes de sable blanc et de cocotiers, exploration de mondes inconnus. D’autres représentations peuvent aussi surgir, plus noires : bagnes au XIXème siècle, essais nucléaires jusque dans les années 1960, lieux de bases militaires aujourd’hui. Cet atlas nous aide à mieux connaître et comprendre cet espace complexe, l’analysant à différentes échelles et par une approche croisée, grâce à plusieurs chercheurs qui ont mis en commun leurs travaux pour créer une sorte de “livre de bord” de l’Océanie (d’après leurs propres termes) : Fabrice Argounes (politologue), Sarah Mohamed-Gaillard (historienne), Luc Vacher (géographe) et Cécile Marin (géographe-cartographe).
L’ouvrage se décline en cinq parties. La première permet tout d’abord de comprendre en quoi le terme d’Océanie est une invention –occidentale-, la seconde est un rappel historique, centré sur la colonisation européenne et la décolonisation, la troisième explique pourquoi l’Océanie est, aujourd’hui, un espace riche et attractif. La cinquième partie, plus géopolitique, souligne les enjeux de pouvoir existant entre les divers Etats composant cet ensemble. Enfin, la dernière partie est plus prospective, elle vise à présenter les différents défis auxquels l’Océanie est ou sera confrontée à l’avenir.
L’introduction, d’entrée, nous “décentre” de notre monde habituel, en nous présentant un planisphère non seulement centré sur l’océan Pacifique, mais aussi “la tête en bas” ! C’est le monde tel que le voient l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et les autres îles océaniennes, qui ne veulent pas être “oubliés” et mises en bas des planisphères (“Australia, no longer down under”). Cette approche a le mérite de beaucoup relativiser notre vision du monde, et nous prépare à entrer dans ce monde de trente-trois millions d’habitants encore peu étudié, même si les géographes français Joël Bonnemaison et Benoit Antheaume ont été des précurseurs, publiant notamment en 1988 un Atlas des îles et Etats du Pacifique Sud.
La première partie explique tout d’abord que ce continent, où passe la ligne de changement de date, est très difficile à cartographier, puisqu’il fait figurer sur une même carte l’immensité de l’Australie (huit millions de km²) à côté de Tuvalu (26 km² de terres émergées) et d’îlots à peuplement non permanent. Le lecteur avide de cartes précises va donc être déçu, même si des cartes à une échelle plus grande sont présentes (Nouvelle-Calédonie, Australie, Guam…). Se rajoute la question des eaux territoriales ou des zones économiques exclusives (ZEE), parfois contestées entre deux Etats, rendant tout repérage délicat. Les p. 13 et 14 nous montrent que le découpage actuel de l’Océanie en quatre régions (Polynésie, Micronésie, Mélanésie et Australie) est lié à l’histoire et surtout aux découvertes des explorateurs occidentaux (début XIXè siècle), qui sont à l’origine de ces dénominations. Or, l’Océanie est un territoire peuplé depuis très longtemps (- 50000 ans pour l’Australie et une diffusion vers l’Est de - 4000 à 1200), comme en témoignent les vestiges archéologiques ou les poteries lapita. La configuration spécifique de ce continent, ainsi que son histoire multiséculaire expliquent que l’identité océanienne soit une, comportant une dimension territoriale très forte. L’atlas développe le cas des Aborigènes australiens, lisant l’espace comme un ensemble de traces et de réseaux laissés par des ancêtres mythiques (p. 17). Cette identité est aussi plurielle, ne serait-ce que par la diversité linguistique du continent, regroupant à lui seul plus du quart des langues parlées dans le monde –même si beaucoup sont en voie de disparition.
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