On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans Le mauvais pantalon, un film d'animation des studios Aardman, l'inventeur Wallace conçoit un pantalon mécanique multi-fonctions. En le télécommandant, Wallace pourra se rendre où il le désire avec un minimum d'efforts ; mais un pingouin sournois ayant volé la télécommande, le pantalon devenu incontrôlable promène un Wallace impuissant dans les endroits les moins recommandables. Les aventures du mauvais pantalon culminent lorsqu'il entraîne son inventeur affolé dans un cambriolage épique.
Deepwater horizon - éthique de la nature et philosophie de la crise écologique, est un mauvais pantalon philosophique : un argument qui promène son auteur vers des conséquences dont il ne semble vouloir à aucun prix. À première vue Stéphane Ferret n'a rien d'un écologiste radical. Si les politiques modérées lui semblent inutiles (il trouve parfaitement vains les "petits gestes pour la planète" ), les grandes réformes lui font peur. Il dit tout net qu'il n'a pas franchement l'intention de changer son mode de vie pour aider les générations futures ; il n'appelle pas à l'arrêt de la croissance — ce serait un désastre . Il ne jette pas la pierre aux mangeurs de viande . Il hausse un peu le ton pour condamner l'élevage en batterie, mais ni le nucléaire, ni les OGM, ni la politique énergétique n'attirent son attention. En revanche, il n'a pas de mots assez durs pour attaquer l'"écofascisme" et le "culte de la biosphère". Bref, nous avons affaire à un écologiste de second tour.
Stéphane Ferret aurait le droit d'être modéré, s'il n'avait écrit 300 pages pour défendre des thèses aux implications beaucoup plus radicales. Première thèse : nous ne pouvons sortir de la crise écologique qu'en passant d'une métaphysique anthropocentrique à une métaphysique où les humains sont des animaux comme les autres. Seconde thèse : les êtres de nature (les animaux, mais aussi les végétaux, et au-delà d'eux les écosystèmes, l'eau, la lumière...) ont une valeur absolue, intrinsèque, et par conséquent devraient avoir des droits. Ce sont deux idées d'un grand intérêt, mais qui, dans le livre de Stéphane Ferret, fonctionnent comme les deux jambes d'un mauvais pantalon : il consacre l'essentiel de ses efforts à les empêcher de l'emmener là où elles ont envie d'aller plutôt qu'à les exploiter.
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