On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
L’innovation et l’économie de la connaissance sont au cœur de la stratégie européenne pour renouer avec une croissance durable. Cette approche doit être défendue, mais elle demeure incomplète tant que le rôle de la recherche fondamentale n’est pas pris en compte. Cette dernière reste en effet indispensable pour générer des sauts qualitatifs de connaissance à long terme, et son recul pourrait affecter significativement le potentiel d’innovation européen.
La stratégie européenne pour l’innovation
Le nouvel équilibre géopolitique mondial, caractérisé par le développement rapide de puissances émergentes comme la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, s’accompagne d’un déclassement de l’Europe et d’une diminution relative de son poids dans les affaires planétaires. Pour conserver une position centrale, l’Union européenne s’est fixée comme objectif de promouvoir l’économie de la connaissance, afin de tourner son industrie et ses services vers la création de produits à forte valeur ajoutée, et de construire une nouvelle croissance fondée sur une volonté permanente d’innovation.
La croissance par l’innovation est une idée qui fait consensus, et les mécanismes proposés sont connus : promouvoir l’excellence dans les centres de recherche, favoriser les partenariats entre les universités et les entreprises, mettre en place des structures de valorisation et diffuser une culture d’innovation. Ces objectifs, qui étaient déjà ceux de la stratégie de Lisbonne, ont été complétés dans la stratégie Europe 2020 par une vision plus intégrative, par exemple par une réflexion sur les infrastructures, et la définition d’axes stratégiques à grande échelle. Tous ces efforts devraient concourir à renforcer le fameux triangle de la connaissance, composé de l’éducation, la recherche et l’innovation.
Cette volonté de développer l’économie de la connaissance mérite notre soutien, mais la stratégie pour y parvenir est probablement incomplète, comme pourrait l’attester l’échec des objectifs de Lisbonne. La question de la recherche fondamentale, en particulier, est trop souvent considérée comme anecdotique dans les politiques d’innovation. S’il existe une politique d’innovation à l’échelle de l’Europe, la politique de recherche fondamentale est balbutiante et peu visible, et cette lacune pourrait à terme devenir une faiblesse considérable pour l’économie et la société européennes. Prenons donc le temps de développer cette question.
Le rôle de la recherche fondamentale
Il est logique, en période de crise économique, de concentrer les efforts sur des projets technologiques susceptibles de produire de la valeur à court ou moyen terme. Sortir de la crise, et poser les fondements d’une croissance durable et respectueuse de l’environnement, sont des défis politiques immédiats. Mais il faut également considérer le long terme, l’évolution historique du progrès scientifique et technologique. En effet, les grandes révolutions techniques ne se construisent pas par une suite d’améliorations incrémentales, mais par des renversements de paradigme complets, fondés sur une meilleure compréhension de la nature et de ses lois. Ce sont les efforts entrepris dans la recherche fondamentale, dans le travail permanent de compréhension de l’univers, qui aboutissent aux véritables nouveautés, aux sauts qualitatifs qui ouvrent des marchés entièrement neufs, sur lesquels des pans entiers de l’industrie vont ensuite se construire.
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