On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les écueils du perfectionnisme
On sait que de nombreux auteurs, se voulant fidèles au libéralisme politique, pensent nécessaire d'introduire une dose, plus ou moins variable, de perfectionnisme dans l'éthique de la neutralité, souvent présentée comme consubstantielle au libéralisme. A. Renaut n'est pas de ceux-là : comme Rawls l'a fortement souligné dès 1971, on ne peut guère éviter que, dans l'optique perfectionniste, " les exigences de la perfection l'emportent sur les revendications de la liberté ". En effet, si " le principe de perfection fournit un fondement peu solide pour les libertés égales pour tous ", cela tient au fait qu'à partir du moment où une forme de vie est établie et prescrite publiquement comme ayant " plus de valeur intrinsèque que des plaisirs inférieurs " et, plus largement, que d'autres formes de vie, l'Etat se met en position de classer les modes d'existence, et renonce à respecter la liberté et l'égalité de tous au regard de leurs façons d'exister.
Si la démocratie, explique précieusement A. Renaut, appelait donc pour fonctionner une morale de la perfection contenant une définition de ce que doit être une vie humaine parfaitement accomplie ou réussie, il paraît périlleux d'échapper à la conséquence selon laquelle une telle morale devrait s'imposer à toute conscience désireuse de réaliser son bien. Dans ce cas, la pluralité des conceptions du bien ne serait plus une question de valeur, mais simplement une question de fait : elle n'aurait de raison d'être que parce que certains ignoreraient encore en quoi consiste le bien de l'humanité et ce qui définit une existence parfaitement humaine. Bref, il est difficile d'envisager la conciliation de telles perspectives avec une conception de la démocratie fondée sur le pluralisme .
Dans cet esprit, l'auteur s'oppose vigoureusement à Martha Nussbaum, plus précisément à l'idée que " les émotions sont partie prenante du système de raisonnement en éthique " et doivent aussi concerner l'éthique publique. Si c'était le cas n'y aurait-t-il pas lieu de craindre que l'émotion serve à priver l'individu de son pouvoir critique de juger ? N'encourt-on pas le risque d'introduire dans l'éthique publique des éléments qui rendront son contenu cognitif plus ou moins étranger à ceux que nous avons vocation à accueillir ? On retrouve ici le souci d'A. Renaut, qui est celui du libéralisme authentique, de proposer, dans un cadre de désethnicisation de la République, une société hospitalière à la différence.
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