On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Aux historiens qui ont étudié la Seconde Guerre mondiale, la figure de l’amiral Dönitz s’offre tel un palimpseste. Führer der U-Boote pendant la Seconde Guerre mondiale, il est l’un des maîtres d’œuvre de la guerre sous-marine. Grand Amiral, il est nommé Oberbefehlshaber der Kriegsmarine en 1943. Fidèle d’Hitler, il lui succède après son suicide. Devenu le “dernier Führer”, il dirige l’éphémère gouvernement de Flensbourg. À ce titre, il autorise, le 7 mai 1945, la signature de la reddition inconditionnelle des forces allemandes à Reims. Reconnu coupable de “crimes contre la paix” et de “crimes de guerre”, il est condamné à dix ans de prison par le tribunal de Nuremberg. Pourtant, et pendant longtemps, sa conduite a été jugée d’un œil bienveillant. En effet, Dönitz a largement contribué à forger de son action une image immaculée, celle d’un officier partisan d’une “guerre propre” et, de surcroît, parfaitement apolitique.
C’est à cette figure complexe que s’attaque François-Emmanuel Brézet, ancien officier de marine, docteur de l’Université de Paris-Sorbonne et fin connaisseur de l’histoire de la Kriegsmarine .
Dönitz : le modèle de l’officier allemand ?
Karl Dönitz est né en 1891 près de Berlin. Orphelin de père dès l’âge de trois ans, il reçoit une solide formation académique à Iéna puis à Weimar. De son éducation, le futur Grand Amiral retient le sentiment de la primauté du devoir et un profond respect envers le Reich, personnifié en la personne du Kaiser. En avril 1910, il intègre la Kaiserliche Marine , alors en pleine expansion. En effet, dès son accession au trône, l’empereur Guillaume II a décidé de doter l’Allemagne d’une marine à la hauteur de ses nouvelles ambitions mondiales. Désireux d’obtenir pour son pays une “place au soleil” en rapport avec son développement industriel, il estimait indispensable d’acquérir un empire colonial afin de pouvoir rivaliser avec les autres puissances européennes. Pour cela, l’élément décisif était la constitution d’une marine de guerre capable de faire jeu égal avec la Royal Navy. La nomination du contre-amiral Alfred Tirpitz au secrétariat d’État à la Marine marqua le début d’une course aux armements navals, qui vit la marine allemande devenir la deuxième du monde à la veille de la Première Guerre mondiale.
En octobre 1912, le jeune Dönitz est affecté à bord du croiseur S.M.S Breslau. Accompagné du croiseur de bataille Goeben, ce bâtiment forme la Mittelmeerdivision, chargée de veiller aux intérêts allemands en Méditerranée. À la déclaration de guerre, ces deux unités bombardent Bône et Philippeville en Afrique du Nord française. Poursuivis par l’Armée navale et la Royal Navy, les deux bâtiments parviennent à franchir les Dardanelles et à gagner la Turquie. Dès le 16 août, ils arborent le pavillon turc et la flotte de la Sublime Porte est confiée au commandant de la Mittelmeerdivision. Pendant deux ans, Dönitz participe aux combats en mer Noire avant d’être affecté à l’arme sous-marine. Après une courte période de formation, il embarque à bord de l’U-39, alors que la guerre sous-marine illimitée vient d’être déclarée. Rapidement nommé commandant d’un sous-marin, il expérimente, dès cette époque, une partie des innovations tactiques qui s’avèreront si importantes au cours de la Seconde Guerre mondiale.
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