On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

On aurait tort de résumer Roland Dumas, 88 ans, à l’image sulfureuse médiatique, des bottines Berluti, de l’avocat de Laurent Gbagbo et de l’ancien président du Conseil Constitutionnel qui trouve "du charme" à Marine Le Pen. Cet ouvrage de réflexion sur le pouvoir rappelle que cet intime parmi les intimes de Mitterrand (son témoin de mariage, Dumas étant dans l’hélicoptère qui amène la famille Mitterrand à Jarnac en 1996 pour les obsèques du président) est avant tout un homme d’engagement, au service d’une certaine idée de la gauche. Il situe lui-même son parcours dans une double filiation, l’une politique, la vénération pour Blum et le Front Populaire, l’autre familiale, la fidélité à l’engagement de son père, résistant fusillé par les nazis en 1944.
Ces "coups et blessures" sont difficiles à classer, ni mémoires, ni biographie. Ni Philippe de Commines, ni le cardinal de Retz, parfois Talleyrand, finalement assez inclassable, Dumas met en perspective son propre parcours, en centrant son propos sur la "patte" Mitterrand. Il éclaire ses ambigüités et réhabilite paradoxalement sa part de noirceur. C’est un document historique de qualité sur la gauche française, au travers de celui qui l’a incarné pendant plus de trente ans. Il en ressort notamment, selon l’auteur, que les évolutions de la France contemporaine doivent beaucoup aux idées et aux réalisations des progressistes.
Dumas au travers de Mitterrand
Les connaisseurs du PS connaissent le célèbre bon mot : "Mitterrand a deux avocats, Badinter pour le droit, Dumas pour le tordu". Au-delà de cette formule, celui qui se définit comme "mendésiste d’esprit et mitterrandien de cœur" livre dans cet ouvrage un portrait en creux de deux hommes de pouvoir, aux parcours que l’on peut rapprocher. Les origines provinciales (Jarnac pour l’un, Limoges pour l’autre), le même goût des femmes et un côté jouisseur, ou bien encore cette aptitude toute machiavélienne à se saisir du temps pour en faire son allié, font partie des nombreux points communs entre eux. Mais les personnages diffèrent en un point essentiel : l’ascendance que Mitterrand exerce sur Dumas.
Au-delà des nombreux témoignages personnels, le livre fourmille d’anecdotes, de la petite chronique à la grande Histoire. On retiendra ici surtout la réflexion sur l’exercice des responsabilités les plus régaliennes. Dumas, l’avocat du réseau Jeanson pendant la Guerre d’Algérie, de Picasso, Jean Genet ou du Canard Enchaîné, raconte comment l’amitié indéfectible entre les deux hommes a été utile à des moments cruciaux pour la France (la médiation avec Kadhafi en 1984, les rapports avec Arafat en 1989, les relations houleuses avec Rocard en 1991…). Cette symbiose a pu faire avancer la machine de l’Etat, en mettant l’huile des rapports humains dans les rouages de la machine administrative du Quai d’Orsay, face aux pesanteurs du ministère des Affaires Etrangères et de l’Elysée.
3 commentaires
Trop libre
Lire le compte rendu que consacre la Fondapol à cet ouvarge :
http://www.trop-libre.fr/le-marche-aux-livres/notre-10-mai-3-le-crepuscule-d-un-mitterrandien
Coumba Diop
Emilien