On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

En exergue à son propos, Jean Ungaro cite Louis Marin qui définit le corps comme “le lieu et l’instrument de plusieurs systèmes de signes″. Cela éclaire utilement la finalité de l’ouvrage de Jean Ungaro : il s’agira d’analyser le corps de cinéma à la lumière de ses signes. Mais la tâche est difficile : définir un “principe d’ordre″ permettant d’organiser et rationnaliser le divers des signes corporels relève d’un travail de Titan, et Jean Ungaro ne donne jamais l’impression de pouvoir triompher de cette complexité. L’organisation des chapitres en une longue série de points sans liens logiques témoigne d’une pensée fragmentée peinant à trouver sa cohérence.
Bien qu’intéressant, l’ouvrage manifeste de multiples carences qui, malheureusement, amoindrissent la force de son propos. L’essai de Jean Ungaro pâtit notamment d’un trouble sémantique laissant le lecteur dans la confusion : évoquée en sous-titre, la notion de “super-héros″ est ensuite éludée par l’auteur, pour revenir en force dans les dernières pages… Bien tard, trop tard sans doute. En privilégiant pendant toute sa réflexion le terme de « héros », l’auteur oublie la singularité d’une notion qu’il a lui-même choisie et ne s’attache donc jamais à définir clairement les spécificités du super-héros.
Ce dernier est en effet ancré dans une réalité bien particulière. Le super-héros définit habituellement un héros double : de nature humaine, il dissimule généralement ses exploits sous le masque de la clandestinité et du déguisement. L’auteur revient plusieurs fois sur cette ambivalence, tout en omettant d’autres traits spécifiques, tels que les facultés supranaturelles que possède le super-héros. En l’absence de cet éclaircissement conceptuel, Jean Ungaro s’attache à deux films : Rambo I et le 3e opus de Terminator qui entrent régulièrement en contradiction avec son propos général. De fait, si John Rambo fait montre de pouvoirs surhumains – qui confinent d’ailleurs à l’absurde – dans les films postérieurs (Rambo II réalisé par Georges Pan Cosmatos en 1985 et Rambo III réalisé par Peter MacDonald en 1988), dans First Blood, en revanche, il reste un homme – transformé en machine de guerre par les combats au Vietnam, certes – mais sans facultés exceptionnelles.
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