Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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"Entrer au cœur du réacteur, c’était ça mon travail" Témoignage d’un gitan du nucléaire
[jeudi 05 mai 2011 - 12:00]
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Le robot de recherche de fissure (kizu robotto) fait 40 cm de long et 20 cm de large. On appelle ça un "robot araignée". Le chef prend de longues minutes pour me donner des explications, la tête enfoncée dans le hublot. A l’époque, je n’avais pas conscience de la folie qu’il y avait à s’exposer ainsi aux radiations. J’éprouve un certain malaise aujourd’hui quand je pense au comportement "audacieux" des ouvriers.
 
Cet homme qui continue à regarder imperturbablement l’intérieur du cœur n’éprouve-t-il pas de la crainte ? me disais-je. Alors que j’étais protégé de la tête aux pieds, lui ne mettait pas même son masque. J’ai appris récemment qu’un gars qui travaillait à Hamaoka (centrale nucléaire située au sud de Tôkyô) et qui faisait beaucoup d’inspections non-destructives, a eu un cancer de la mâchoire. Ses collègues s’en sont inquiétés mais l’exploitant Chûbu Electric Power Company a refusé de reconnaître qu’il s’agit d’une maladie professionnelle. De nombreux collègues n’ont pas osé prendre la parole pour exprimer leurs craintes concernant les conséquences du travail en zone sur la santé. Mais ils portent un regard plein de haine sur la Chûbu maintenant.
 
Ce travailleur atteint d’un cancer lui s’est battu, a porté l’affaire devant les tribunaux mais a perdu. J’ai appris qu’il est mort d’une hémorragie provoquée par sa maladie. S’exprimant sur ce cas, le professeur Akio Ôhashi de l’université de Shizuoka a expliqué qu’il avait l’intime conviction que l’origine de son cancer venait de son travail à la centrale d’Hamaoka. Il y a 30 ans, lorsque j’écoutais les explications de l’employé de la JNDI, j’ai du être moi-aussi touché par ces radiations extrêmes.
 
Les crabes du réacteur

 
Une fois les explications terminées, je me préparais à entrer. On plaça un escabeau devant la bouche d’entrée puis, accroupis, j’attendais le signal du chef. D’un signe de tête de sa part, j’entre de moitié. Aussitôt, une sensation violente m’atteint et ma tête est comme comprimée. N’écoutant que mon courage, je plonge entièrement à l’intérieur du cœur du réacteur. Le bourdonnement dans mes oreilles s’intensifie. Beaucoup d’ouvriers disent que lorsqu’on plonge dans un réacteur, on entend comme des crabes ramper au sol. Une fois le travail terminé, lorsqu’on rentre chez soi, ce bruit vous poursuit. Un écrivain en a même fait un roman en 1981, qui s’appelle "les crabes du réacteur" (genshiro no kani)
 
Dans mon cas, je n’ai pas entendu ce son mais plutôt un bruit continu, comme des soutras récités sur un tempo rapide. Et cette sensation affreuse d’avoir la tête comprimée. Je me relève rapidement et fixe le casque sur ma tête. Forcé de rester courbé, j’attrape le robot et crie "ok" aux techniciens restés dehors. Une fois désactivé, je le défais de la paroi et constate surpris qu’il est très léger. Je replace les pieds dans les trous convenablement et crie à nouveau "ok". Une fois vérifié un à un que les pieds sont correctement mis en place, je hurle "ok" et ressort en courant de la cuve, pris de panique. Cela n’avait duré que 15 secondes.

180 millisieverts en 15 secondes

Une fois ressorti, l’employé de la JDNI continue de pencher sa tête à l’intérieur de la cuve pour vérifier que le robot est bien mis. Je me dis que ce gars a toutes les qualifications requises pour un cancer du globe oculaire. Je m’éloigne rapidement de cette zone pour aller enlever ma tenue de protection. Ma combinaison étant désormais extrêmement contaminée, je la retire avec prudence. Une fois la combinaison Tyvek retirée et mise à l’envers, les ouvriers la prennent et la jettent dans un sac en plastique. Je pouvais enfin respirer à l’air libre.
 
Distraitement, je sors mon compteur geiger et je constate qu’il indique plus de 180 millisieverts. J’avais peine à croire qu’en seulement 15 secondes, j’avais absorbé une dose aussi importante. Après cela, j’ai continué à travailler dans le nucléaire. J’ai eu l’occasion de replonger une seconde fois dans le cœur d’un réacteur. Je n’ai jamais réussi à surmonter l’angoisse qui s’emparait alors de moi, et ce bourdonnement dans les oreilles.
 
Takeshi Kawakami
 
(traduit par Mathieu Gaulène)
 

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4 commentaires

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nicodu60

17/05/11 13:40
ps: tout comme les labos pharmaceutiques et les fabricants de pesticides , le nucléaire n'a qu'un but ... passer de juteux contrats au mépris des vies humaines ; amasser des milliards , voila ce qui les intéressent. ils suffit de mettre les bonnes personnes aux bons postes pour avoir les autorisations et le tour est joué , c'est si simple avec des milliards , non §§! le net sert à se renseigner et il regorge de reportages et d'exemples ...
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nicodu60

17/05/11 13:34
arrêtons le nucléaire , point !!! trop de mensonges , de mauvaise foi .. en dehors du danger même de la centrale , où vont les déchets ??? que laissez vous derrière les exploitations minières ??, pourquoi encore recouvrir tchernobyl ??? pourquoi n'arrivez vous pas à démonter superphénix ??? etc. pourquoi les super têtes pensantes et les grands patrons du nucléaire ne vont ils pas eux mêmes regler les problèmes au lieu d'envoyer à la mort des milliers d'ouvriers à qui on raconte des inepties ??? demandons l'avis de la criirad, labo indépendant et non pas aux ordres d'areva !!!
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Marcley

09/05/11 18:22
Castor 74, avant de dire n'importe quoi il serai prudent de demander aux techniciens et ouvriers qui travaillent ici depuis des années dans les centrales dans quelles conditions ils le font. Bien sûr il y a du danger, plus même que dans la plupart des activités industrielles , mais aussi avec plus de précautions.Cela ne signifie pas qu'il ne faille pas tirer les enseignements de l'accident de Fukuschima comme cela l'a été de ceux de Three Mile Island et Tchernobyl mais personne ne gagnera rien à trahir la vérité. Petite observation ,avant de traiter les autres de minus habens (fichtre,du latin...) révisez votre orthographe...
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castor74

08/05/11 12:07
ON VOIT DANS CE TEMOIGNAGE ..L ATROCE VERITE DU NUCLEAIRE.....malgrè les denis des hauts responsables de ces sites, en europe comme au JAPON....sans avoir la science infuse ,il me font rire jaune ,les minus habens qui disent qu en FRANCE AVEC LE NUCLEAIRE ON NE RISQUE RIEN...J AIS UNE IDEE SI ON ENVOYAIS TOUT CES MESSIEURS DAMES TOUT NUS DANS LE COEUR DES REACTEURS...JUSTE POUR VOIR S IL CONTINUERAIS A NOUS DIRE DES CONTES A DORMIR DEBOUT.....

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