Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La culture fait-elle la ville ?
[jeudi 28 avril 2011 - 18:00]
Urbanisme
Couverture ouvrage
Naked City. The Death and Life of Authentic Urban Places
Sharon Zukin
Éditeur : Oxford University Press
246 pages
Résumé : A l'heure où la culture devient intégrée aux réflexions sur le devenir des villes, Sharon Zukin propose d’analyser l’authenticité des lieux pour comprendre leur attractivité et les mutations urbaines à l’œuvre.  
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En 1961 paraissait The Death and Life of Great American Cities de Jane Jacobs, ouvrage devenu classique dans lequel elle dénonçait les ravages de l’urbanisme moderne sur les quartiers populaires et sur ce qui faisait leur identité. Elle prônait, face aux ambitions technocratiques des planificateurs modernes, une préservation de la diversité des usages et des populations, ainsi que l’interconnaissance, afin que se perpétue l’essence de ces quartiers. Un demi siècle plus tard, Sharon Zukin, connue pour ses travaux sur la ville et la culture, se donne comme objectif d’actualiser cette vision de la ville contemporaine. Elle cherche notamment dans cet ouvrage à combler certaines lacunes de la théorie de Jacobs, à qui elle reproche d’avoir nié l’impact de la culture sur les processus de gentrification. Quels sont les facteurs qui rendent certains quartiers plus attractifs que d’autres ? Quelles sont les nouvelles dimensions de la culture urbaine ? Quels sont les vecteurs des changements d’usages des quartiers ? C’est à l’ensemble de ces questions que ce livre vise à répondre, à travers une analyse des changements à l’œuvre au sein de la métropole new-yorkaise. En fine connaisseuse de sa ville, Sharon Zukin promène le lecteur du quartier "branché" de Williamsburg à Brooklyn, au Harlem gentrifié en passant par le East Village ainsi que par les espaces publics d’Union Square ou de Red Hook, afin de révéler les dimensions culturelles des processus de gentrification.

 

Tout d’abord, Sharon Zukin propose de renouveler le concept d’authenticité pour expliquer les mutations caractéristiques de la ville contemporaine. Selon l’auteure, l’authenticité correspondrait aux ambiances urbaines associées aux nouvelles expériences culturelles et au mode de vie des classes moyennes supérieures : "a city is authentic if it can create the expérience of the origins. This is done by preserving historic buildings and districts, encouraging the development of small-scale boutiques and cafés, and branding neighborhoods in terms of distinctive cultural identities". Zukin défend notamment la thèse selon laquelle cette authenticité basée sur la culture devient, par son attractivité, un levier des mutations urbaines ; "authenticity, then, is a cultural form of power over space that puts pressure on the city’s old working class and lower middle class, who can no longer afford to live or work there". Se dessinent alors des enjeux de pouvoir autour des représentations associées à certains lieux, et les médias deviennent, à l’instar des financiers ou de l’État, un acteur principal de la production de l’espace. Ceux-ci diffusent en effet des représentations spatioculturelles, développant l’image des lieux et leur attractivité subséquente. C’est ainsi que "Williamsburg crystallized into an identifiable local product for global cultural consumption : authentic Brooklyn cool". Dans cette perspective, l’auteure a le mérite de porter une réelle attention à l’influence des blogs, des chroniques culturelles des grands quotidiens new-yorkais ou des revendications identitaires des groupes musicaux.

 

Au-delà de la dimension culturelle, la consommation constitue un élément clé dans cette nouvelle authenticité et les mutations urbaines évoquées par Zukin. Déjà en 1995 dans son ouvrage The Cultures of Cities, elle évoquait la "domestication by cappuccino" pour décrire la diffusion de commerces, de cafés dans l’espace public afin d’attirer des consommateurs et d’exclure progressivement les "indésirables" considérés alors comme une menace à l’ordre urbain. Aujourd’hui, l’authenticité, qu’elle décrit comme attractive, se vit pleinement sur le mode de l’expérience consommatrice, qu’il s’agisse de nourriture, de sorties ou de shopping. Et ce serait cette nouvelle culture à consommer qui participerait aux mouvements de citadins et de capital qui transforment socialement les quartiers: "the new urban middle class has led the way to a form of consumption that is both motivational and aspirational and feeds into the political and economic motors of urban change". Cependant, l’auteure montre que cette nouvelle authenticité n’est pas seulement vectrice de déplacements et de marchandisation mais qu’elle peut également provoquer des mobilisations pour le droit à la ville des minorités. L’exemple développé dans l’ouvrage à propos de l’exclusion des vendeurs informels d’origine latine à Red Hook (Brooklyn) et des manifestations de soutien pour la perpétuation de leur activité et de l’authenticité qu’ils symbolisent est assez éloquent à cet égard. 

Titre du livre : Naked City. The Death and Life of Authentic Urban Places
Auteur : Sharon Zukin
Éditeur : Oxford University Press
Date de publication : 18/12/09
N° ISBN : 9780195382853
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