On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
À quatorze mois des élections législatives de juin 2012 qui décideront véritablement de la couleur du nouveau gouvernement, la très sérieuse revue Commentaire a proposé à un panel "d’observateurs attentifs de la vie politique" française de "procéder à une expérience mentale" : il s’agissait de se transporter en imagination vers l’avenir probable d’une France gouvernée par la gauche, après la victoire du Parti socialiste et des ses alliés lors de ces élections.
Parmi les vingt-sept hommes et trois femmes (plus un collectif) ayant accepté de participer à ce voyage en esprit figurent une grande majorité d’économistes, de nombreux historiens, politologues et journalistes, mais aussi des hauts fonctionnaires, quelques entrepreneurs et une élue, et nombre de contributeurs réguliers de la revue fondée par Raymond Aron. Un éventail assez représentatif, donc, de la diversité des options au sein de la tendance libérale et démocrate. Unité et diversité que l’on retrouve dans "l’analyse de la situation présente et future de la France" qui émerge de ces trente-et-une contributions.
Espoirs, craintes et visions partagés
Qu’ils voient Martine Aubry, François Hollande ou Dominique Strauss-Kahn à la tête de l’Etat, ou qu’ils recommandent pour tel ou tel ministère quelque "valeur sûre" issue des gouvernements Jospin, voire même de l’ère Mitterrand, la plupart de ceux qui se livrent au jeu du pronostic des personnalités s’accordent en tout cas à dire que ce ne sera pas de ce côté-ci qu’aura lieu le renouvellement. Or la nécessité impérieuse d’un changement profond après le quinquennat qui s’achève est bien l’élément commun qui traverse comme un fil rouge chacun de ces textes.
La quasi-totalité des contributeurs s’accordent en effet sur le constat de départ : la France traverse une crise majeure et durable, politique, économique et sociale, des finances publiques et de confiance, que l’exercice du pouvoir par les gouvernements de ces quatre dernières années a contribué à aggraver. Si chacun admet, explicitement ou non, la part des traditions et celle de la situation macroéconomique dans le contexte de la "mondialisation (non par hasard affublée du sobriquet "hyper-libérale")" (Les Gracques), la plupart reconnaissent la responsabilité spécifique de Nicolas Sarkozy et de nombre de ses ministres dans l’effritement de la cohésion sociale et dans la sédimentation chez les gouvernés d’un sentiment de défiance sans précédent vis-à-vis des gouvernants. Aussi, chacun à sa manière, six textes (ceux de Laurent Bouvet, Jean-Claude Casanova, des Gracques, de Christophe Prochasson, d’André Révigny et de François Sureau) sont peu ou prou consacrés au devoir préalable qui s’imposerait à toute nouvelle équipe de rétablir la dignité de l’image et de l’exercice du pouvoir. Si ce rétablissement doit passer par le choix résolu de la moralité publique, chacun s’accorde à dire qu’il implique aussi une véritable réforme de l’État, défendue dans des formes variables par tous les contributeurs, nombreux, s’exprimant à son sujet.
Concernant la crise économique elle-même, l’ensemble des auteurs se rejoignent sur un point : qu’ils forcent leur enthousiasme ou le catastrophisme, ou qu’ils expriment franchement leur scepticisme, tous reconnaissent la difficulté qui attendra un gouvernement de gauche devant le paradoxe d’une marge de manœuvre singulièrement étroite et de l’ampleur des chantiers à ouvrir. Finalement, soit qu’ils en redoutent l’impossibilité, soit qu’ils aient foi en sa réalisation, nombre d’entre eux soulignent que le succès d’une législature de gauche sera soumis à sa capacité à mettre en œuvre non pas les vieilles recettes, mais des "idées neuves" (Éric le Boucher) en phase avec la conjoncture de ce début de XXIe siècle, faite de compétition internationale, de fragmentation sociale et d’exigences démocratiques accrues., "Le courage politique sera donc la qualité la plus recherchée…", prévoit alors Alain Bergounioux, ce qu’exprimeront également à sa suite Yves Cannac et surtout Marie Mendras.
1 commentaire
le journal de personne
Mais… nous sommes pauvres…
Nous n’avons plus que nos rêves !
Nous n’allons pas les dérouler sous leurs pieds.
Cessons de marcher et de nous faire marcher dessus !
Parce qu’ils s’apprêtent à marcher sur nos rêves…
Ils n’assument pas les leurs !
Assumons les nôtres… En votant blanc !
Pour leur dire : Non…non… et non.
http://www.lejournaldepersonne.com/2011/04/le-vote-blanc/