On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans l’édition du 12 avril du New York Times, Robert M. Fishman ne livre pas seulement une nouvelle attaque contre les vertus supposées des mesures imposées à tout Etat prétendant bénéficier du soutien financier des grandes institutions internationales. A partir du cas du Portugal, dernier avatar d’une série d’appels à l’aide qui se sont suivis sans véritablement se ressembler, ce spécialiste des pratiques démocratiques et de l’évolution des Etats – sud-européens notamment – met en garde contre les risques que pourrait faire peser sur l’ensemble des démocraties la banalisation de tels recours à l’aide internationale face aux exigences toutes puissantes de marchés financiers non régulés.
Robert Fishman souligne d’abord que derrière une ressemblance apparente, la situation du Portugal diffère largement des difficultés profondes et structurelles de la Grèce et de l’Irlande, que la pression des marchés obligataires n’a fait que révéler à ceux qui refusaient encore de les voir. A cela, Fishman oppose les performances nettes et durables de l’économie portugaise, propulsée par les institutions et les politiques nationales. En maintenant la dette à des niveaux inférieurs à celle d’autres pays comme l’Italie pourtant réputés plus solvables, celles-ci ont permis à l’économie portugaise de montrer d’évidents signes de reprise dès le printemps 2009. Le Portugal souffrirait alors principalement d’une "mauvaise réputation" auprès des agences de notation, que l’auteur explique à la fois par le scepticisme idéologique des marchés devant les économies de style keynésien, et par un aveuglement des analystes financiers aux dynamiques de long terme. Plutôt qu’aux dépenses excessives des années 1990, c’est à cette double cécité qu’il faudrait attribuer la dégradation de la réputation de solvabilité du Portugal, laquelle a engendré, et non pas suivi, la hausse de ses taux d’intérêts. Selon le principe de "la prophétie se réalisant elle-même", le gouvernement s’est ainsi vu contraint de solliciter l’aide internationale, en dépit d’une politique nationale pourtant efficace, et au prix d’une austérité impopulaire et dommageable à la reprise.
La régulation des marchés obligataires et des méthodes des agences de notation pour laquelle plaide Robert Fishman est donc aussi bien une affaire de reprise économique que de liberté politique. Elle doit répondre à une menace qui n’épargne pas plus les Etats-Unis (ou la France) que, dans un avenir sans doute plus proche, l’Espagne, l’Italie ou la Belgique. Car l’enjeu est bel et bien celui de la capacité des Etats démocratiques à formuler des choix budgétaires, c'est-à-dire à mener des politiques conformes aux aspirations des électeurs. Finalement, Fishman souligne que c’est donc aussi une responsabilité forte des gouvernements élus que de préserver cette capacité de choix![]()
* Robert M. Fishman, "Portugal’s Unnecessary Bailout", New York Times, 12 avril 2011.
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Ed08
La crise de la zone euro montre à l’évidence que les choix qui ont présidé à la construction européenne depuis l’Acte unique de 1986, proposé par Jacques Delors et accepté par Margaret Thatcher, ne définissaient pas un modèle européen soutenable. Libéralisation des flux de capitaux, mise en concurrence de modèles socio-productifs par ailleurs très hétérogènes – source de chocs asymétriques nombreux –, faible mobilité des travailleurs entre pays, refus obstiné de construire un budget européen significatif : si chacun de ces facteurs constituait un risque pour la monnaie unique, leur cumul ne pouvait guère déboucher à terme sur autre chose qu’une crise majeure. Il ne fallait pas être grand clerc ni Prix Nobel pour le prévoir, malgré l’europhorie qui a présidé au lancement de la monnaie unique. « Lorsqu’un choc économique affectera l’“Euroland”, la priorité accordée aux revenus financiers imposera de nouveaux sacrifices aux populations. Salaires et protection sociale seront à nouveau attaqués, au nom cette fois-ci de la sauvegarde de l’euro. L’éclatement du projet signifierait un échec grave qui renforcerait des dynamiques politiques populistes et nationalistes ».
Thomas Coutrot 1999 Euro Carcan ou cocon.
http://regulation.revues.org/index8978.html