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On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Penser autrement sert à changer le monde
[jeudi 14 avril 2011 - 03:00]
Géographie
Couverture ouvrage
Faut-il penser autrement l'histoire du monde ?
Christian Grataloup
Éditeur : Armand Colin
216 pages / 17,10 € sur
Résumé : Christian Grataloup incite à penser la géopolitique sans faire appel aux notions de continents et de périodes. Un monde global se construit-il sans les catégories d'Europe et d'Antiquité ? 
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Le monde, en tant que planète régie par des mécanismes climatiques globaux est une évidence, dont l’histoire du climat nous raconte les événements depuis des millions d’années. Le monde en tant que l’humanité s’y déploie et pense la dynamique de ce déploiement en même temps est une nouveauté, que divers auteurs appréhendent comme une mondialisation. Le problème est que l’histoire du climat peut être pensée à partir de mécanismes universels tandis que l’histoire de l’humanité ne doit pas être pensée sous le contrôle d’un universalisme. Christian Grataloup, dont les travaux sur la géo-histoire sont vastes aborde cet enjeu épistémologique et politique dans un ouvrage de taille modeste (à peine plus de 200 pages), écrit sur un ton vif et avec une forme de détachement ironique qui rend la lecture agréable. Cependant l’ouvrage est très dense, beaucoup plus complexe que le parcours rapide de sa table des matières ne le laisse supposer. Il s’agit en fait d’un traité d’épistémologie de la géopolitique, entendue comme la science qui permet "la pensée collective" d’un monde "singulier et pluriel" (p. 24).

L’introduction insiste sur le besoin de penser ensemble mondialisation, postmodernité et fin de l’européo-centrisme. Ces trois moments conceptuels du monde sont simultanés, sans lien évident de cause à effet mais ils imposent de trouver à la fois une certaine forme d’universalisme (le monde est un et global), une critique de l’universalisme actuellement dominant (trop occidental) et une défiance, très postmoderne, à l’égard de tout récit surplombant. Mission impossible à première vue puisque la notion de global entre en conflit direct avec la volonté d’éviter tout grand récit globalisant. 

Dans un premier chapitre C. Grataloup pose cependant, de manière très claire, la façon dont il va sortir de cette apparente impossibilité. Il explique, avec des exemples originaux que tous les récits fondateurs du national sont pipés au départ parce qu’ils posent une équivalence perverse entre nation et territoire. Il demande ensuite que l’on pense le global sans la référence au territoire. Ce dont il s’agit est alors de penser le monde sans la référence européenne à l’Etat-nation. Cela suppose de penser les logiques spatiales (la distance, la proximité, le déplacement…) en dehors des limites d’un territoire approprié. Pour C. Grataloup en effet "la structure identitaire permet d’articuler le territoire dans sa continuité d’une part et les logiques spatiales d’autre part" (p. 65). Si l’on abandonne le lien entre "processus de spatialisation" et "territoire limité par une frontière" on met donc en cause les structures identitaires, et les récits nationaux qu’elles produisent. Il faut donc penser le monde global en tant qu’il est parcouru par des processus de spatialisations et pas en tant qu’il est découpé en Etats.

Le chapitre 2 pose de façon encore plus radicale la nécessité de penser autrement. Ce à quoi C. Grataloup s’attaque alors c’est tout simplement aux découpages temporels. Il explique que la notion d’Antiquité n’a pas de sens pour les Amériques, que la notion de Moyen Age n’a, elle aussi de sens qu’en Europe. Il demande donc une "veille permanente mettant en cause toutes les discrétisations, toutes les discontinuités qui semblent trop évidentes". Les périodes ou parties du monde (les continents en particuliers) sont des "dimensions supposées du réel" des "catégories inventées". Elles n’ont aucune validité universelle mais seulement des régimes d’historicité contingents et des "domaines de validité". La pensé du monde doit donc certes se construire à partir de ces catégories, mais ne doit pas être dupe de leur statut d’invention. Il ne faut pas "essentialiser ces catégories".

Titre du livre : Faut-il penser autrement l'histoire du monde ?
Auteur : Christian Grataloup
Éditeur : Armand Colin
Collection : Eléments de réponse
Date de publication : 06/04/11
N° ISBN : 2200257538
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