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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Au bonheur des dames (romaines)
[vendredi 08 avril 2011 - 00:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les Romains et la mode
Jean-Noël Robert
Éditeur : Belles Lettres
420 pages
Résumé : Sur un sujet en apparence léger, ce livre jette sur l’histoire romaine un éclairage inattendu et documenté.
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L’école et ses manuels nous ont laissé peu ou prou l’image d’une Rome façonnée par des juristes rigoureux, des généraux conquérants et de graves penseurs. La mode, futile et onéreuse, n’est pas le premier souvenir qu’évoque la romanité classique. C’est le biais que corrige Jean-Noël Robert, qui publie, dans la collection qu’il dirige, cette contribution à l’étude des pratiques sociales .

 

La mode et l'histoire

 

Le premier chapitre, « La mode et l'histoire », donne le ton. Il y est moins question des manifestations concrètes de la mode (il faut attendre la p. 35 pour lire une première considération sur le rasage quotidien) que des conditions historiques dans lesquelles elle se met progressivement en place. Elle apparaît à Rome entre les IIIe et IIe siècles av-J.C. comme une imitation de modèles importés de Grèce. Coiffures, parures, attitudes, tout est prétexte à se démarquer des convenances traditionnelles imposées par les mœurs des Anciens (mos majorum). Le rôle des esclaves grecs - premiers transmetteurs de la mode - est bien mis en lumière. La dominante de l’ouvrage est « qu’il faut chercher l’inspiration chez les peuples vaincus » (p. 119), autre manière de dire que la mode, à Rome, est le fruit d’une mondialisation.


Il existait à Rome de nombreux moyens pour signifier son opposition aux caprices de la mode, soit par des saillies, dont Cicéron et Juvénal avaient le secret, soit par des attitudes, par exemple la manière de draper sa toge à l’ancienne (p. 84). Comme en témoigne la résistance que lui opposèrent les tenants de l’ordre ancien, de Caton à Auguste, elle fut perçue comme un péril subversif et comme une affaire d’État. « Mais comment résister à la mode ? ». Cette question, récurrente dans l’ouvrage, trouve sa réponse en maints passages : les postures et le froufrou sont doués d’une force impérieuse. Si Tibère interdit le port des vêtements de soie aux hommes, son successeur, Caligula, est le premier à se montrer dans ce genre de vêtement (p.78). La main de fer des oligarques romains finit toujours par agiter un mouchoir de fine étoffe. Car, au fond, c’est bien la classe dirigeante et ses chefs qui donnent le ton des élégances, de Scipion à Néron, d’Hadrien à Caracalla (qui doit son surnom au manteau à capuchon qu’il porte sans cesse, p.92).


Car l’exemple ne vient pas d’en bas, mais d’en haut. Il s’agit moins, à Rome, de l’apparition d’une culture people que d’une culture jet set avant la lettre. Telle fut la condition de son apparition, telle sera celle de sa perpétuation. Sous l'Empire, la mode est, plus que jamais, lancée par les riches, ceux qui fréquentent la cour impériale et qui relaient, le plus souvent, les caprices de l'empereur (p. 228). La mode, dès son émergence à Rome, n’a rien de populaire. Les besogneux conservent le goût classique, et n’ont pas les moyens financiers et intellectuels d’adopter l’esprit nouveau. La mode est la marque des élites et traduit ainsi le clivage social entre la classe plébéienne et celle des patriciens (p. 40 : « cette égalité [que les plébéiens] ont mis des siècles à obtenir (…) se trouve plus que jamais compromise par cette culture élégante qui confirme les riches dans leur supériorité et que les pauvres ne comprennent pas).


Aussi bien, cette histoire de la mode est-elle celle de la richesse : celle des nantis de naissance, celle des généraux repus de leurs fabuleux butins tirés des expéditions, celle des « nouveaux riches » (p. 165). Le prix de la beauté cantonne ce que la mode a de vaniteux, mais aussi d’artiste et de novateur, aux petits groupes qui entrent en compétition dans une course folle à la dépense et établissent entre eux une hiérarchie de l’ostentation et des prix . Souvent, l’escalade des prix attise les jalousies et pousse la mode aux limites du possible. Quelques puissants, saisis par l’ivresse que procure le goût des collections et celui de la beauté, notamment pour les œuvres d’art, passent de la compétition économique au trafic, à la rapine et à la quasi folie. C’est le cas, bien connu, de Verrès. Ce patricien avait dépassé toutes les bornes et Cicéron, dans ses célèbres Verrines, sut habilement montrer que son excès de luxe l’avait exclu de la communauté des « vrais romains ».

 

Un défilé d'idées


Cet ouvrage renferme nombre de perspectives inattendues. En dépit d’innombrables anecdotes savoureuses (p. 108 : la pastille pour l’haleine ; p. 109 : Néron se parfumant la plante des pieds ; p.179 : le « bourgeois gentilhomme » romain achetant des esclaves érudits  afin d'en faire ses souffleurs de citations), l’auteur a eu la bonne idée de suivre la mode sur sa ligne médiane et de se tenir à distance des excentriques et des farfelus. Avec l’histoire de la mode, on devine celle de la propreté et de l’hygiène, ou celle du long processus de l'émancipation de la femme à Rome (p.177, 181-3). Le chapitre consacré aux acteurs est suggestif et celui sur le vêtement et la parure est riche d’informations. Aux longs passages consacrés à la toge, au pallium (d’origine grecque), à la stola, s’ajoutent des développements surprenants sur le mouchoir ou sur des vêtements peu connus (la pénule, la lacerna, la dalmatique, etc.). Ailleurs, la description de l’esclavage comme phénomène de mode est stimulant (p. 173) : « leur grand nombre est plus qu'une riche fantaisie ou la marque d'une vanité satisfaite : il reflète l'étendue d'une fortune et laisse présager l'importance des ambitions de celui qui la possède. Ce qui compte dans le nombre d'esclaves, c'est la superfluité d'un grand nombre d’entre eux. Ils constituent en quelque sorte la preuve vivante que leur maître suit la mode, et l'insignifiance de leur rôle fait d’eux un luxe superflu qui témoigne seulement de l'ambition du maître et de la place qu'il s'octroie dans la société ». Les esclaves chics, de plus en plus nombreux, sont ceux qui servent un mode de vie « à la grecque » : la promenade, le bain, la cuisine, les réceptions, la culture, sans compter ceux qui ne valent que par leur beauté. Ils deviennent des pièces rares, des investissements.

 

Titre du livre : Les Romains et la mode
Auteur : Jean-Noël Robert
Éditeur : Belles Lettres
Collection : Realia
Date de publication : 14/01/11
N° ISBN : 978-2-251-33835-4
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