On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

En quatre décennies de crise économique où s’est peu à peu installé un chômage massif, notre rapport au travail a changé. La brutalité de la crise financière qui secoue l’économie mondiale depuis la faillite de la banque Lehman Brothers fin 2008 a considérablement amplifié le phénomène en approfondissant la crise sociale. C’est l’évolution de ce rapport au travail à l’œuvre dans la quasi-totalité des pays développés que Camille Dorival a choisi de traiter dans un livre qui mêle, de façon originale, les portraits et les statistiques rigoureuses . Son analyse prend non seulement à rebrousse poil les thèses libérales imputant uniquement le chômage au coût trop élevé du travail mais également les thèses sociales démocrates traditionnelles qui mettent d’abord l’accent sur les erreurs de politiques macro économiques ou de redistribution. Son approche sort donc des sentiers battus et explore des aspects souvent négligés portant sur les évolutions des comportements individuels eux-mêmes souvent teintés de contestations radicales. Une approche à la fois éloquente et salutaire.
Un malaise grandissant
Eloquente d’abord parce qu’elle montre que cette évolution se traduit non pas par un seul type d’attitude mais par plusieurs façon de « gérer » le malaise qui grandit face à la difficulté d’accéder à un emploi. Il y a ceux qui renoncent et préfèrent donner la priorité à l’éducation de leurs enfants. Il y a ceux qui « choisissent » un mode de vie plus frugale (simplicité volontaire) en se contentant (quand ils y ont droit) de (sur)vivre avec leurs allocations (chômage, minima sociaux). Ceux là semblent souvent reconnaître que ce mode de vie est difficilement tenable sur la durée. Il y a ceux aussi qui tentent de combiner plusieurs types de ressources : un peu d’allocation par-ci et quelques petits boulots par-là. Bref, chacun expérimente sa propre stratégie de retrait et emprunte une « trajectoire oblique » pour reprendre l’expression de Bernard Gazier, dans sa brillante préface.
Ce spécialiste des questions d’emploi et promoteur des « marchés transitionnels du travail » souligne avec justesse que ces stratégies du retrait s’apparentent à l’attitude « exit » décrite par le politologue américain d’origine autrichienne Albert Hirschman dans son célèbre ouvrage « Exit, voice and loyalty ». Dans un autre registre, on pourrait ajouter qu’André Gorz, de son côté, avait dès la fin des années soixante-dix, identifié ce phénomène naissant. Dans « Adieux au prolétariat » (1980), il avertissait le monde syndical de la montée de ce qu’il appelait alors « la non-classe des non-travailleurs ». Cette catégorie, selon lui, ne regroupe pas seulement ceux qui n’arrivent pas accéder à un emploi mais elle comprend aussi tous ceux qui ne peuvent plus s’identifier à leur travail salarié et qui réclame non pas un « emploi meilleur », mais une vie où les activités autodéterminées l’emportent sur le travail « hétérodéterminé ». Sans le savoir sans doute, Camille Dorival fait écho (trente ans après) à cette vision « gorzienne » lorsque dans la conclusion de son livre elle indique : « il est difficile d’évaluer le nombre de personnes qui font le « choix » du non-travail. Mais elles sont certainement bien moins nombreuses que celles qui, dans leurs rêves les plus fous, aspireraient à ne pas travailler, ou à travailler moins, sans pour autant franchir le pas, essentiellement pour des raisons financières ».
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Mark
glandu