Chaque fois que le politique dit se battre contre "les marchés" et se félicite d'avoir évité le pire, la puissance se place au même niveau que l'intendance : qu'elle gagne ou qu'elle perde, peu importe, elle a déjà perdu par le fait même de se battre, tel un instituteur qui s'abaisserait à rendre les coups que lui portent des élèves déchaînés. 
Jean-Pierre Dupuy

La métaphysique contemporaine doit beaucoup au philosophe David Armstrong et le livre que publient les éditions Ithaque, traduction d’un ouvrage remarquable par sa clarté et l’étendue de son investigation, est l’occasion d’étendre l’influence d’une recherche qui n’a de cesse de rapprocher la métaphysique de la science. Dans Les Universaux, une introduction partisane, David Armstrong, alors en pleine maîtrise de ses positions, nous introduit au cœur d’un problème très ancien, qui n’est ni un pseudo-problème ni une réserve pour l’histoire de la philosophie , et qu’il revient à la métaphysique d’examiner : le problème des universaux.
Si l’ouvrage se présente comme une introduction que tout étudiant en philosophie ferait bien de se procurer, il intéressera aussi les philosophes professionnels et toutes les personnes curieuses de savoir comment le projet d’une métaphysique empirique parvient à interroger la structure ultime du monde. Ainsi, à la question de savoir si deux roses rouges partagent une même propriété – la rougeur – l’auteur nous propose une excursion dans une variété de théories rivales - et c’est immédiatement que l’impact du questionnement produit son effet. Oui, car à la lecture d’un véritable livre de métaphysique, et le livre de David Armstrong en est un, il y a bien un effet qui l’accompagne, une manière pour l’esprit de s’engager dans un chemin de connaissance qui ne cherche pas la rupture avec les sciences, bien au contraire, mais plutôt la meilleure des doctrines qui, au-delà de la physique, pourra révéler cette structure du monde.
Le livre relativement court (162 pages) balaie de façon méthodique et intelligible les points de vue en compétition à propos des universaux. Il est suivi de deux textes, plus récents (2004), concernant les propriétés, qui montrent combien la connaissance en métaphysique évolue et progresse.
Le problème des universaux se pose lorsque l’on cherche à rendre compte du "fait que deux choses différentes, deux particuliers différents, peuvent être du même type." Cette distinction entre deux particuliers séparés, qui s’applique à presque toutes les choses, portent-elles, en elles, quelque chose qui leur serait identique ? Les deux roses rouges partagent-elles quelque chose de strictement identique ? Si on défend cette forme d’identité entre deux choses différentes, si on croit que la rougeur est un constituant des deux roses, alors on croit à la réalité des universaux. Par contre, si l’on pense que la ressemblance entre les choses, la ressemblance qui unit deux roses rouges n’est pas une stricte identité, alors on pense, avec John Locke, que "les seules choses qui existent sont des particuliers". Et ceux qui défendent ce point de vue, selon la tradition, sont appelés "nominalistes".
Si la bataille que laisse la tradition peut nous paraître très éloignée de nos préoccupations, David Armstrong nous rappelle néanmoins qu’elle est celle qui nous conduit à une question fondamentale : "quelles sont les caractéristiques les plus générales de la réalité ?" Et le problème des universaux, tel que le formule l’auteur ) devient alors le moyen par lequel l’investigation peut s’engager. Reste que pour mener à bien cette investigation, une supposition minimale s’impose, à savoir "qu’une certaine classe d’occurrences [qui] délimite un type n’est pas quelque chose que nous déterminons" et l’auteur d’insister, réitérant la thèse d’indépendance du réalisme métaphysique qui est la condition même de toute l’entreprise : "Qui sommes-nous pour déterminer la nature des choses ?"
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