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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Humains contre Zombies : la conscience en plus
[lundi 21 mars 2011 - 22:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
L'Esprit Conscient : A la Recherche d'une Théorie Fondamentale
David Chalmers
Éditeur : Editions d'Ithaque
520 pages / 33,25 € sur
Résumé : L’ouvrage de D. Chalmers entend défendre une théorie naturaliste de la conscience sans céder aux réductions matérialistes. Il constitue un jalon essentiel dans le développement contemporain de la philosophie de l’esprit et on ne peut que se réjouir que sa traduction le rende accessible à un large public.
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Naturalisme et panpsychisme

Nous avons essayé de rendre justice au nerf de l’argumentation de D. Chalmers mais l’ouvrage est plus riche que ce que nous en avons exposé. 

Un des points les plus controversés est l’usage d’un argument de concevabilité qui implique une étude minutieuse de la nature des concepts. Descartes avait déjà tenté une distinction de l’âme et du corps sur la base d’une concevabilité de mon existence sans mon corps (le fameux argument du rêve) et d’une inconcevabilité de mon existence sans la pensée (le non moins fameux cogito). Défendre le dualisme des substances sur la base de cette asymétrie dans la concevabilité laisse sceptique. D. Chalmers évite cet écueil de deux manières.

Il défend un dualisme des propriétés et non un dualisme des substances. On ne peut donc pas lui objecter le problème de l’interaction entre l’esprit et le corps. Il est prêt à admettre un épiphénoménisme pour la conscience bien qu’intuitivement, il puisse nous sembler que c’est en vertu de notre expérience de douleur que nous agissons. D. Chalmers accepte la clôture causale du physique et n’introduit pas les faits relatifs à la conscience dans les explications causales. À moins qu’il ne favorise une position bien plus inattendue puisque le panpsychisme semble avoir sa sympathie. Admettons que la physique décrive les processus physiques de manière purement relationnelle sans rien dire des propriétés intrinsèques des entités impliquées dans ces relations causales. On pourrait concevoir que des propriétés phénoménaux ou proto-phénoménaux sont ce à partir de quoi existent le physique et la conscience, ces propriétés étant les seules à jouir d’un pouvoir causal. On évite là aussi le problème de l’interaction.

D. Chalmers ne nie pas que notre expérience consciente de la conscience nous guide mais il défend la valeur épistémique de cet arrière-plan de son argumentation. Il ne croit pas que l’on puisse nier l’existence de faits phénoménaux car cette position lui paraît, avec raison, peu plausible. Ce serait une solution simple de nier le problème difficile de la conscience qui peut être tentante pour un matérialiste mais il faut se rallier à D. Chalmers en disant que cela va contre ce que nous savons par notre expérience consciente. Il en va de même à propos des tentatives de réductions fonctionnalistes qui mènent, en apparence, non pas à nier les expériences vécues mais à réduire les propriétés phénoménales aux propriétés fonctionnelles, ce qui finalement revient à éliminer la qualité subjective de l’expérience consciente. Par conséquent, la concevabilité ou l’inconcevabilité repose bien sur une intuition que constitue notre expérience vécue, intuition qui est soutenue par une série d’expériences de pensée et d’objections aux objections.

Telle est la force de ce projet naturaliste qui veut tenir ensemble la neurologie, les sciences cognitives et les descriptions en première personne de la conscience. Le livre de D. Chalmers est donc hautement recommandable pour l’ampleur des questions qu’il soulève et la qualité de son argumentation. L’hésitation entre le dualisme naturaliste et le panpsychisme peut paraitre mettre en danger l’ensemble de l’ouvrage car comment tenir ensemble le panpsychisme et la survenance naturelle de la conscience sur le physique ? On peut aussi reconnaitre dans ce problème la radicalité du questionnement puisque cette hésitation provient des justes critiques du matérialisme réductionniste et du dualisme substantialiste. Ce livre s’adresse donc à tous ceux pour qui ce que cela fait d’être conscient ne laisse pas indifférent, ce qui constitue un lectorat assez large, sauf parmi les zombies.
 

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2 commentaires

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YS

30/03/11 11:34
Sylvain Reboul confond plusieurs choses essentielles:
1) la réduction des effets à leurs causes n'est pas la réduction d'une propriété ou d'un état à un autre. Chalmers ne parle pas de réduction des effets aux causes.
2) La discussion sur la concevabilité n'a pas à supposer l'existence des lois de la nature de notre monde, donc tous les arguments empiriques sur le lien entre telle activité du cerveau et la conscience phénoménale sont non pertinents puisqu'ils supposent les lois de la nature de notre monde. Chalmers dit bien que dans notre monde il y a survenance de la conscience phénoménale sur le physique.
3)Une cause nécessaire n'est pas nécessaire au sens logique, il y a plusieurs formes de nécessité. Hume et Kant n'y peuvent rien...
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Sylvain Reboul

26/03/11 16:30
« D’une part, elle est le propre de faits non réductibles aux faits physiques, d’autre part, elle est un phénomène naturel qui impose d’élargir notre conception scientifique du monde. « 

Rien ne dit que les effets soient toujours réductibles à leurs causes, sauf à isoler une cause comme nécessaire et à refuser de voir qu'elle peut être insuffisante
Or la causalité naturelle est complexe, à savoir multiple (en conflit ou en complémentarité, voire en symbiose); de plus cette multiplicité causale est aléatoire donc le plus souvent imprévisible dans tous ses effets et d'autre part elle met en jeu des phénomènes de rétro-actions systémiques très difficile (mais pas théoriquement impossible) à analyser dans le détail

« L’existence de zombie ne semble pas contradictoire, il parait difficile d’affirmer qu’il y a une incohérence dans la description d’un être physiquement identique à un être humain mais sans expérience subjective. Si donc le zombie est concevable et que cette concevabilité résiste à un test d’incohérence, alors il est possible d’affirmer que les faits relatifs à la conscience ne surviennent pas logiquement sur les faits physiques et donc ne s’y réduisent pas. »

Un zombie neurologiquement semblable à un humain mais dépourvu de subjectivité est inconcevable. Il suffit pour s'en convaincre d'analyser les effets de certaines atteintes neuronales du cerveau qui désubjectivisent le sujet cas d'indifférence pathologique). Ce qui ne veut pas dire qu'on connaisse ici et maintenant la structure neuronale de tous les effets/causes (boucles rétro-actives complexes) subjectifs

« Afin de renforcer sa défense de l’absence de survenance logique de la conscience sur le physique 4) Enfin, il apparait que toute tentative d’analyse du lien entre le physique et la conscience est vouée à l’échec car on ne peut décrire la conscience de telle sorte que l’on puisse concevoir comment des processus physiques en sont la cause nécessaire »

Parler de cause objectivement nécessaire en physique , c'est commettre une confusion entre la déduction logique concernant les jugement analytiques et la causalité physique concernant les jugements synthétiques (Kant) . Comme le disaient Hume et Kant il n'y a pas de nécessité purement logique dans la nature. C'est cette confusion dans notre esprit qui conduit à s'obliger à des dérapages métaphysiques de type dualiste pour combler le vide, hors du champs de la connaissance possible.

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