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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Un spinozisme à visage humain
[samedi 19 mars 2011 - 15:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Vivre ici : Spinoza, éthique locale
David Rabouin
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
200 pages / 18,05 € sur
Résumé : David Rabouin tente de remettre l' Ethique de Spinoza au goût du jour, à grands renforts de géométrie riemannienne.
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David Rabouin a écrit avec Vivre ici. Spinoza, éthique locale un livre d’éthique normative. D’ailleurs il semble légèrement dédaigner l’éthique appliquée, ne la voyant pas comme l’application à des problèmes particuliers des conclusions d’une éthique normative mais comme la spécialité des comités d’éthique, ceux-ci ayant, à ses yeux, une fonction au fond politique au sens où, sous la pression de faits continuellement changeants et en vue de l’harmonisation de positions divergentes, ils visent un consensus permettant une vie commune paisible. L’auteur ambitionne, lui, une position plus intemporelle et moins assujettie aux aléas de l’histoire et aux variations infinies des faits.

Il prend aussi, contre l’idéologie du "à chacun, son choix", clairement ses distances par rapport à ceux qui transmettraient un art de vivre reflétant leurs propres passions, son but étant en effet d’écrire une théorie éthique vraie et non de proposer un modèle, parmi d’autres, de vie heureuse possible.

On peut cependant se demander si aujourd’hui on est en mesure d’ élaborer une théorie éthique vraie.

La réponse est la suivante : c’est possible parce que cette théorie a déjà été formulée par un philosophe antérieur, précisément Spinoza dans la troisième partie de l’Éthique, consacrée aux affects. Le choix de Spinoza par l’auteur paraît autant obéir à des raisons théoriques qu’à des raisons pratiques (il dit "en avoir éprouvé l’efficacité" ).

Mais l’erreur à ne pas faire ici est de croire que l’auteur se contente de répéter ce que Spinoza a déjà formulé. Son livre n’est pas du tout un retour à Spinoza car l’auteur ne s’approprie pas l’ensemble du système spinoziste (on aura compris aussi que l’ouvrage est encore moins un texte d’histoire de la philosophie, vu que, comme on l’a dit, le but de l’ouvrage est de construire, grâce à une partie du système de Spinoza, une théorie éthique vraie).

On se demandera alors bien sûr pourquoi Rabouin ne reprend pas à son compte le système spinoziste.

D’abord Kant est passé par là, qui a discrédité, auprès sinon de tous mais du moins d’un grand nombre de philosophes contemporains la métaphysique en tant qu’entreprise rationnelle destinée à connaître ce qui est réel de manière absolue.
Ensuite la multiplication des sciences a rendu naïve l’idée d’une seule science en mesure d’expliquer la réalité : ainsi, alors que Spinoza, comme Descartes, en hommes du 17ème siècle, identifiait cette science à la mécanique, l’auteur partage une conception de la réalité qu’il ne détaille guère mais que je me permettrai de nommer émergentiste et qu’il livre le plus clairement quand il écrit  : "On aimerait aussi pouvoir suivre les scientifiques lorsqu’ils se placent sur d’autres "plans" que le niveau purement mécanique (quelle que soit la nature des lois qu’on y suppose) : décrire, par exemple, des fonctions biologiques élémentaires, elles-mêmes articulant des niveaux chimiques, génétiques, anatomiques, etc. Accepter, s’il le faut, que l’ordre émerge du chaos, que le finalisme se réintroduise localement dans tel ou tel processus, etc." L’idée d’une science des sciences n’a aux yeux de l’auteur plus qu’une fonction d’idéal régulateur.

Enfin la géométrie euclidienne, qui était pour Spinoza le savoir que la philosophie devait prendre comme modèle pour découvrir la vérité, n’est depuis la naissance des géométries non-euclidiennes au 19ème siècle qu’une géométrie particulière. Dans cette perspective, ce que répresentait Euclide pour Spinoza va être remplacé pour Rabouin par ce que représente Riemann, mathématicien qui a construit une théorie de l’espace en mesure de rendre compte par la genèse des différents espaces possibles (dont l’espace euclidien) – sur ce point le lecteur notera une certaine fascination de l’auteur, manifeste dans tout l’ouvrage, pour un vocabulaire d’inspiration mathématique, qui, à mes yeux, contribue moins à clarifier l’argumentation qu’à la rendre confuse.

Titre du livre : Vivre ici : Spinoza, éthique locale
Auteur : David Rabouin
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : MétaphysiqueS
Date de publication : 07/04/10
N° ISBN : 2130579663
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