On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Charles Bricman a observé la politique belge en tant que journaliste pendant de nombreuses années. Témoin privilégié de l'évolution de l'espace public belge, il analyse pour le public français la situation actuelle et montre les rouages qui poussent le Plat pays au bord du précipice identitaire.
Dès la première ligne de son livre, il prend son public à contre-pied du titre en écrivant simplement " je suis belge". Cependant, on sent à la phrase suivante que c'est une identité problématique : "C'est une drôle d'idée mais je n'y peux rien, c'est de naissance." Le décor est planté pour le public français à qui est destiné ce livre. Nos voisins belges sont en plein trouble : malgré un pays en paix, c'est l'instabilité politique totale. La Belgique vient même de battre le record du monde détenu par l'Irak pour le temps mis à former un gouvernement.
Un livre destiné au public français
Ce livre, édité aux éditions Flammarion, a pour but d'expliquer la situation belge aux voisins français. Il est vrai que la situation politique Outre-Quiévrain est assez difficile à comprendre pour un pays comme la France. Il y a trois langues, une histoire relativement récente avec un Etat créé de toute pièce, une économie très différente entre le nord et le sud du pays, une décentralisation poussée à l'extrême, un Roi respecté...
La Belgique est un Etat que les Français ont du mal à cerner, souvent parce que nous en sommes restés au fait que les Belges vivaient un peu dans une de nos provinces, à côté de la France. De plus, nous n'avons jamais voulu réellement nous intéresser à l'autre partie de cette population qui ne parlait pas le français.
Ce livre est une mine d'informations pour tous ceux qui veulent comprendre l'histoire politique récente de la Belgique. Charles Bricman nous apporte ainsi de manière simple une compréhension des différents acteurs politiques et des lignes de fond qui ont construit la société belge actuelle. Pour ce faire, l'auteur ne part pas dans une comparaison de ce qui se fait de notre côté de la frontière. Il commence sa démonstration avec le discours du 18 février 1970 de Gaston Eyskens, premier ministre de l'époque. C'est à ce moment-là que la question de la Réforme de l'Etat belge s'est engagée.
Cette boîte de Pandore moderne a été le révélateur d'incompréhensions entre communautés linguistiques. Cette tentative de réforme a aussi poussé ces communautés à privilégier le repli sur elles-mêmes plutôt que la recherche du vivre ensemble. Pour autant, on sent bien tout au long du livre que le retour de flamme flamand est aussi le fruit d'un désintéressement total de leurs propres voisins de la communauté francophone.
Au travers de ses souvenirs de jeunesse, Charles Bricman nous fait voyager au cœur de cette Belgique qui a tenté de traiter la question linguistique avec « un compromis à la belge ». La prise en compte des intérêts de chacun pour trouver une solution a toujours été l'option choisie pour avancer sur les grands sujets polémiques. Une culture nationale qui expliquerait pourquoi une personnalité comme Herman Van Rompuy a su jusqu'à présent mener les travaux du Conseil européen malgré la montée en puissance des égoïsmes nationaux.
La question linguistique comme révélateur sociologique
La Belgique a énormément évolué du point de vue économique au cours de ces cinquante dernières années – tout comme les autres pays européens du reste. Mais à la différence de la France, la région minée par la question de la ré-industrialisation touche surtout la moitié de la population, à savoir la Wallonie. Cette donnée macro-économique est tellement importante que Charles Bricman montre que les choix opérés par la Wallonie l'ont conduit à accompagner la désindustrialisation sans pour autant changer de cap. La Flandre pour le coup, avec son retard économique, a dû s'adapter, réellement. C'est de là que viendrait cette perception flamande d'une Wallonie qui ne cherche pas à s'en sortir.
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