On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Curieux livre que celui-ci, où l’auteur nous prédit l’imminence d’une nouvelle crise financière et décrit les orientations qu’il conviendrait de prendre, selon lui, pour s’en préserver, mais n’arrive à nous convaincre ni de la justesse de sa prévision, ni de la praticabilité, ni parfois du bien fondé, des mesures qu’il suggère.
L’impasse
Les phénomènes qu’il décrit ne sont pas en cause, ils sont peu contestables et contribuent grandement à l’instabilité de l’économie mondiale. C’est la manière dont ils déclencheraient, nécessairement et très rapidement, une nouvelle crise qui n’est pas claire dans le livre, même si l'on a compris que les États étaient désormais exsangues et dans l’incapacité de reconduire le sauvetage du système financier, si celui-ci menaçait de s’effondrer une nouvelle fois.
“Le monde est au bord d’une catastrophe économique majeure”. Les réformes décidées par les pouvoirs publics depuis le début de la crise n’ont rien modifié sur le fond aux logiques déployées par la finance globalisée, explique l'auteur. De nouvelles bulles spéculatives commencent à se former et, surtout, la bulle gigantesque des produits dérivés (pour l’essentiel, des produits de couverture des taux de change et des taux d’intérêts, dont les plus inquiétants semblent être aujourd’hui les CDS sur emprunts d’État) continue sa progression insensée . La disproportion entre les volumes de transactions représentées par les sphères réelle et financière est énorme.
Celle-ci trouve son origine dans la double libéralisation des marchés monétaires et financiers des années 1970 et 1980, mais reflète surtout une spéculation effrénée qui ne cesse de croître . Cette évolution est concomitante avec la montée en puissance considérable des grandes banques internationales, qui sont engagées à fond dans la spéculation.
Un autre foyer ronge l’économie mondiale et achève de la déstabiliser, qui se loge dans les pratiques liées à la valeur actionnariale . “Issue de lois fiscales américaines votées dans les années 1970 et 1980, la gestion des fonds de pension par capitalisation est à la source de la fameuse et redoutée norme financière des 15% de retour sur investissement.” . Sa généralisation entraîne des effets considérables et particulièrement destructeurs sur la relation de travail, le marché du travail et l’organisation du travail . Et les nouvelles formes de gestion de l’entreprise qu’elle a contribué à installer ont alors entraîné la déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires dans la plupart des pays de l’OCDE.
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