On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Depuis le début des années 1980, Marc Dachy s’intéresse aux avant-gardes et tout particulièrement à Dada : il a consacré de multiples ouvrages à ce mouvement, publié de très nombreux articles, organisé plusieurs expositions, et anime depuis 2003 une nouvelle série de la revue Luna Park, synthèse entre des articles d’histoire des avant-gardes et des textes d’auteurs contemporains .
Dada et les dadaïsmes : d’emblée, l’auteur insiste sur la variété des aventures Dada qui jaillissent de plusieurs endroits en quelques années. Pour souligner cette diversité, Marc Dachy conserve une organisation géographique et chronologique : les premiers frémissements Dada naissent à New York en 1913, alors que Dada n’existe pas encore. Puis, on revient en Europe, où tout se joue : la guerre provoque un afflux massif de réfugiés internationaux à Zurich, ville qui se situe en zone neutre. Parmi eux, Hugo Ball et Tristan Tzara qui fondent le Cabaret Voltaire puis la revue Dada. À Zurich, Arp intègre le hasard dans l’art, Tzara et Huelsenbeck récitent des poèmes simultanés, et Hugo Ball déclame Karawane, un des premiers poèmes composés de mots dépourvus de sens. Refusant de céder à la propagande et au découragement de la guerre, le Cabaret Voltaire, comme le souligne Marc Dachy, devient un fantastique laboratoire d’expérimentation artistique et poétique. De ce chapitre consacré à Zurich, le passage qui porte sur le Monte Veritá : "tour à tour projet théosophique de monastère laïc, colonie végétarienne, école d’art de la vie…" est particulièrement intéressant, d’autant que les sources sur ce sujet sont maigres. Plusieurs dadaïstes (particulièrement Hugo Ball et Hans Arp) se rendent dans cette communauté anarchisante qui vit passer, entre autres, Isadora Duncan, Rudolf Von Laban, Bakounine.
On quitte ensuite Zurich avec Huelsenbeck pour se rendre à Berlin, plongé dans les révolutions et les coups de force fascistes. Ce développement, fort intéressant, permet à Marc Dachy de nuancer l’idée qui fait de Dada Berlin, l’endroit où les membres du mouvement se lient au Parti communiste. L’auteur démontre à l’inverse que les liens des dadaïstes berlinois avec le PC allemand sont relativement réduits : Raoul Hausmann (qui représente peut-être le mieux la tendance berlinoise de Dada) se situe clairement du coté d’une radicalité politique anarchisante. La foire Dada de 1920, sorte d’aboutissement génial et rebelle de Dada Berlin est présentée avec une grande minutie, et surtout Marc Dachy a recueilli de nombreux articles qui témoignent de l’accueil de l’évènement par la presse de l’époque. Ce travail sur la réception, un des ajouts de la nouvelle édition, permet au lecteur de comprendre dans quelle ambiance hostile Dada se développe à Berlin.
On suit ensuite Dada à travers l’Allemagne : Cologne qui voit Max Ernst réaliser ses premières expérimentations, puis Hanovre, la ville de Kurt Schwitters qui construit inlassablement son Merzbau, fantastique caverne qui se développe sur plusieurs étages. On aboutit ensuite à Paris, où Dada se trouve, selon Marc Dachy, dévoré par le surréalisme naissant tourné plutôt vers la littérature (ou la critique de celle-ci) contrairement au mouvement fondé par Hugo Ball et Tristan Tzara dont les expérimentations visent autant les arts plastiques que la pratique de l’écriture.
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crotalle