On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Au risque de faire perdre tout intérêt à ce modeste compte rendu en déflorant trop rapidement l’enjeu – va-t-il en dire du mal ? –, que le lecteur nous permette d’être franc : ce livre fera partie pour plusieurs dizaines d’années de la bibliothèque de toute personne intéressée par le règne de Louis XIV.
Un certain nombre de travaux reste bien trop impressionnistes. Assurément, Jean-Christian Petitfils a montré par son excellent Louis XIV tout le miel que l’on peut tirer des travaux anciens pour en faire des analyses novatrices et il l’a fait de main de maître.
Cela a cependant ses limites. À réfléchir sur des matériaux anciens, à s’abstenir de chercher de nouvelles choses, on tient pour acquis des faits qui ne le doivent nullement être. C’est tout l’intérêt de cet ouvrage que de se fonder sur le dépouillement d’une masse d’archives gigantesque, encore enrichi par l’utilisation de travaux universitaires inédits ou trop peu connus. Les archives sont d’ailleurs présentées en fin de volume afin de guider le lecteur dans l’écriture de ce livre. Cette rigueur dans le travail apporte beaucoup de nouveau et les bonnes feuilles sont nombreuses. On ne s’en étonne pas quand on connaît le « pedigree » de nos deux auteurs. Thierry Sarmant a été pendant près de dix ans responsables des archives anciennes du Service historique de l’Armée de terre (désormais Service historique de la Défense) ; Mathieu Stoll a dépouillé pendant près d’une décennie une immense partie des archives du contrôle général des finances. Tous deux sont chartistes.
Les auteurs commencent par une histoire générale du ministériat au cours du règne du Roi Soleil.
Ils rappellent que la notion de « gouvernement par Conseil » a toujours été problématique et, partant, l’objet des luttes d’influence de diverses personnes pour obtenir l’oreille du roi. Si bien que ce dernier modifie souvent, supprime parfois, les grandes fonctions d’organisation et de gestion du royaume et de la vie de Cour. Les secrétaires d’État prennent de l’importance au cours du XVIe et surtout du début du XVIIe siècle, en même temps que l’importance des grands officiers décline : se mettent alors en place les six charges canoniques (chancelier, 4 secrétaires d’État, surintendant des finances), bien que l’âge des ministres que constitue le premier XVIIe siècle sous la houlette de Richelieu puis de Mazarin ne laisse pas forcément grande liberté aux ministres.
Vient alors la seconde période désignée comme celle des « Grands ministres » (1661-1691). C’est assurément la période la plus éclatante du règne. C’est également la plus connue du grand public et, par conséquent, celle que l’on a tendance à poser comme modèle et normalité.
C’est le moment de Louvois et de Colbert, c'est-à-dire de ministres exceptionnels par la largeur de leurs attributions, que l’on aurait bien tort de considérer comme un modèle d’étude tant ils sont originaux dans le règne.
Les auteurs posent 1691 comme une date charnière, voire le véritable tournant du règne. Il est vrai que le personnel ministériel est alors extrêmement rapidement modifié : la mort de Louvois est l’occasion d’appeler Beauvillier au Conseil et même d’y rappeler Pomponne, disgracié depuis douze ans.
Assurément, des personnages tels que Chamillart ou Nicolas Desmaretz ont moins marqué les esprits ; même l’honnête et travailleur Torcy n’a pu tout à fait marquer son époque bien qu’il ait dirigé la diplomatie pendent près de 15 ans et été l’artisan des traités d’Utrecht.
Aucun commentaire