Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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De la religion en Inde
[mardi 01 mars 2011 - 15:00]
Asie
Couverture ouvrage
Neuf vies. A la recherche du sacré dans l’Inde d’aujourd’hui
William Dalrymple
Éditeur : Noir sur Blanc
313 pages / 21,85 € sur
Résumé : Alors que l'Inde est en passe de devenir une des puissances de demain, quelle place pour le sacré dans ce pays ? A travers le portrait de neuf hommes et femmes, le journaliste William Dalrymple décrit les religions en Inde, leurs évolutions, et les menaces qui pèsent parfois sur elles.  
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Dans le nouvel ouvrage qu’il nous propose, l’historien et journaliste William Dalrymple aborde un sujet prisé des lecteurs occidentaux souvent à la recherche d’un sacré qui désormais peuple insuffisamment leur univers, sans tomber dans les lieux communs qui menacent, il est vrai, ceux dont la fréquentation de l’Inde et du Pakistan serait insuffisante. Le secret, au demeurant, réside moins dans le talent qui serait propre aux familiers du sous-continent que dans la minutieuse observation et la patiente écoute qui leur permettent, au fil des années, d’affiner leur analyse d’une réalité complexe. La succession de neuf tableaux que Dalrymple s’attache à dépeindre participe, en tout état de cause, d’une telle démarche (Il faut ici saisir l’occasion de féliciter le travail de traduction qu’effectua France Camus-Pichon qui parvient presque à nous faire oublier que Dalrymple est un auteur de langue anglaise).
Au delà du clinquant que cherche à projeter le slogan d’une puissance indienne émergente voire victorieuse (ce que l’anglais désigne sous l’expression de Rising India), l’auteur nous rappelle que dès la sortie de grandes métropoles en constante évolution, une tradition et des croyances millénaires continuent de rythmer le pays. La quête de salut en constitue l’un des maîtres-mots. Pour preuve le cheminement de Mataji, elle-même originaire du Karnataka. Cette nonne jaïne (religion issue de l’hindouisme qui vise à délivrer l’âme de toute transmigration, d’où l’importance notamment de l'ahimsa, à savoir la non-violence envers tout ce qui vit), au nom symbolique (que l’on pourrait traduire par « mère vénérée »), indiqua à Dalrymple qu’âgée de 38 ans, elle se préparait à l’ultime renoncement, celui de son corps grâce au sallekhana lequel procède de « l’abandon progressif et ritualisé de toute forme de nourriture et de boisson » . L’abandon des liens terrestres, démarche nécessaire afin de favoriser la rencontre avec le divin, n’est pas aisé comme le montre un deuxième témoignage, cette fois au Bengale occidental. Manisha Ma (mère) rencontra Tapan Sadhu (sadhu : ascète hindou) à Tarapith - site consacré à la déesse Tara - à laquelle cette mère de famille, poussée à l’abandon du foyer conjugal, et ce père qualifié d’indigne par sa famille ont dédié leur vie. Il n’est guère de bon ton, dans un Bengale occidental communiste, d’indiquer que l’on participe de l’inquiétant culte à Tara, dont les crânes fraîchement évidés constituent l’un des instruments-clés. Toutefois le nombre d’adeptes - qui peuvent être d’importantes personnalités du Communist Party of India (Marxist) - n’est pas négligeable. Quant aux personnes qui décident de se vouer au service d’un dieu, elles jouissent, en définitive, toutes du statut qui résulte de ce choix.

Le danseur de Kannur se pare trois mois par an de la puissance qui découle de l’exécution du theyyam, danse sacrée kéralie. Issu de la caste des dalits , Hari Das, possédé par la divinité le temps d’une danse aux rituels complexes, dépeint des scènes d’injustices dont les castes inférieures sont les victimes. Lorsqu’il entre en transe, les villageois qui appartiennent aux hautes castes le consultent tout autant. Le theyyakkaram (danseur de theyyam) bénéficie ainsi d’une prééminence temporaire qui joue, en définitive, le rôle d’une soupape de sécurité assurant le maintien d’une structure sociale inique. En effet, l’Etat indien du Kérala demeure attaché à une stricte hiérarchie des castes. De retour à la vie normale, Hari Das creuse des puits et occupe un emploi de gardien de prison le week-end ; les contacts avec les castes supérieures sont alors strictement prohibés.

Titre du livre : Neuf vies. A la recherche du sacré dans l’Inde d’aujourd’hui
Auteur : William Dalrymple
Éditeur : Noir sur Blanc
Nom du traducteur : France Camus-Pichon
Date de publication : 01/03/11
N° ISBN : 288250232X
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